100 personnalités : François Ruffin

100 personnalités - François Ruffin

 

François Ruffin, le couteau Picard

Si Benalla (à l’heure où je rédige ce billet, le Benallagate crépite encore) est le couteau suisse de l’Élysée,  Ruffin en est le moustique, piquant et repiquant sur les plaies : Dépakine, secret des affaires, réforme constitutionnelle, il n’épargne rien.

Qui c’est, Ruffin ?

Ruffin, c’est l’Élise Lucet version homme (et version politisée), le sale gosse surdoué, qui sait tout faire, le cancre qui potasse ses propres livres tandis que le prof ronronne des vieilles choses convenues devant la classe.

Né en 1975, passé par un lycée jésuite, formé à l’université (cursus de lettres) puis au Centre de Formation des Journalistes, le picard Ruffin devient journaliste, analyste politique, essayiste, réalisateur, rédacteur en chef, militant politique, reporter, député, et chieur à plein temps.

Il sait tout faire

Critiquer vertement le journalisme conventionnel (Les Petits Soldats du journalisme, 2003), créer un journal amiénois dissident (Fakir), maintenant distribué dans la France entière, tenir le micro de Là-bas si j’y suis (à l’époque – 2005-2012 – sur France Inter), réaliser un documentaire engagé (Merci Patron !) qui a fait 500 000 entrées en un an (2016) et s’est ramassé un César (tant qu’à faire), lancer une campagne législative (2017) ancrée (très) à gauche ou administrer une chaîne YouTube (dans laquelle il commente l’actu)… le trublion Ruffin sait tout faire.

 

 

On cherche tout, et on ne lâche rien

Bon, qu’est-ce qui me plaît, dans le bonhomme ?

  • Un certain regard politique – avec, certainement, quelques divergences.
  • L’engagement.
  • La colère (contre les dessous de table, contre le copinage, contre les lobbies, contre les empoisonneurs de la terre, contre le productivisme à tout va).
  • La simplicité qu’il choisit pour exprimer des idées complexes
Mais surtout – et c’est ce qui le rapproche d’Élise Lucet… ou, dans un contexte autre, d’un Fritz Gerlich – l’investigation opiniâtre, le courage de chercher, l’envie de comprendre.

Qu’il creuse par lui-même (dans ses investigations et revues de presse) ou qu’il interviewe.

 

 

Ou qu’il se rende sur les lieux, non pour sermonner, mais pour écouter et comprendre, comme il l’a fait à l’usine Doux, menacée de fermeture – visite qui lui a inspiré une prise de parole courageuse devant ses pairs, en faveur de ces êtres « que le système nomme minerai », et des employés que ce même système exploite – et, avec la même indifférence cruelle, déshumanise.

 

 

J’aime les chieurs. J’aime les hommes (et femmes) qui creusent. J’aime ceux qui n’ont pas peur des os (ni des merdes) qu’ils déterrent. Ceux qui mordent, qui fouillent, qui piquent, croquent, dérangent.

Ils sont le contre-poids de ce monde, nécessaire à son équilibre.

Et c’est ici la bonne occasion de rappeler cette phrase de Guy Bedos :

Hommes politiques face à la presse : ce n’est pas en crachant dans les miroirs qu’on guérit de l’eczéma.

La presse est un miroir.

Tout est dit.

 

Photo : capture d’écran de l’interview de F. Ruffin par Plume Studio (Viméo).

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A propos

Autrice publiée par des médias traditionnels, blogueuse, anthologiste, j’ai aussi dirigé, un an durant, le magazine en ligne Etik Mag.

Aujourd’hui j’écris toujours : de la fiction (noire, principalement) et des articles pour des éditeurs, des revues, des journaux, des magazines, d’autres blogs…

Fin 2018, je crée mon propre média en ligne : Incisive.

Ce petit magazine totalement personnel me permet de publier les recherches que je mène en marge de l’écriture de mes livres, et aussi d’exprimer plus librement mes engagements et mes opinions, avec le ton et l’esprit qui sont les miens.

Je m’émancipe 🙂