100 personnalités : Chris Ulmer

100 personnalités - Chris Ulmer avec Alyssa & Noodle - SBSK

Un peu de bon dans ce monde de brutes

 

Quand j’en viens à considérer les humains avec autant d’optimisme que Bukowski…

L’horreur, ce n’est pas la mort, mais la vie que mènent les gens avant de rendre leur dernier soupir. Ils n’ont aucune considération pour elle et ne cesse de lui pisser, de lui chier dessus. Des copulateurs sans conscience. Ils ne s’obsèdent que sur la baise, le cinoche, le fric, la famille, tout ce qui tourne autour du sexe. Sous leur crâne, on ne trouve que du coton. Ils gobent tout, Dieu comme la patrie, sans jamais se poser la moindre question. Mieux, ils ont vite oublié ce que penser voulait dire, préférant abandonner à d’autres le soin de le faire. Du coton, vous dis-je, plein le cerveau !

(Le Capitaine est parti déjeuner, Charles Bukowski)

ce sont des êtres comme Chris Ulmer et ses Special Kids qui me réconcilient avec ce que nous sommes.

 

Diplôme… et crise

Chris raconte qu’une fois passé son diplôme supérieur en communication, il a traversé une crise. Existentielle.

Le genre de crise où tu te demandes : A quoi je sers ? Qui suis-je ? Où je vais ?

Bref, toutes ces sortes de questions que les gens chassent comme des maux de tête avec des cachets d’aspirine.

Chris, lui, n’a pas pris de cachets. Il s’est tourné vers ce qu’il aimait : le sport. Pour lui, c’était la possibilité d’échapper à la voie classique de l’éducation – mais l’éducation l’a happé de nouveau : l’université qui l’employait en tant que coach sportif lui a offert une formation d’éducateur spécialisé. C’était gratuit, donc, ma foi, toujours bon à prendre – Chris a pris. Sans intention de se tourner vers l’enseignement – le sport mis à part – pour autant.

Sauf qu’une fois de plus, l’éducation, qui l’appelait depuis l’enfance (sa mère, instit, le rêvait instit), lui a fait un nouveau croche-patte – la farceuse. Ben oui, hé : une formation ça se complète (toujours, point c’est tout) avec un stage.

Ouch, s’est dit Chris (ou une onomatopée dans le genre) : trois mois entiers à enseigner, 6 jours sur 7, avec de plus une classe d’enfants aux besoins si particuliers… no way!  Sauf que si. Il fallait.

 

Back To… School

Et Chris, inquiet, a fait comme les mômes : pris le chemin de l’école avec son cartable.

Et puis, alors qu’il tentait d’inculquer à un ado rebelle, diagnostiqué « émotionnellement perturbé » (aux US, tout se diagnostique), des rudiments de mathématique, le gamin lui a lancé :

Hé, toi, pourquoi donc je devrais te faire confiance ?

Et là, miracle, ça a fait tilt. Un tilt positif. Chris s’est dit : wow, c’est ici que je dois être, ma vie c’est de faire ça.

Mais faire quoi, au fait ?

Faire ce qu’il venait de promettre à l’enfant : faire son maximum pour l’aider à atteindre son meilleur potentiel.

Et devine ? Il venait de découvrir que rien ne lui plaisait autant que ça.

Son approche éducative a d’emblée été investie et originale – des médias américains se sont intéressés, par exemple, à son habitude de consacrer dix minutes entière, chaque matin, à complimenter les enfants de sa classe (c’est cool, non ?)

 

 

Cependant, Chris avait un autre rêve : vivre au bord de la mer. Pourquoi ne pas réaliser ces rêves ensemble ?

Hop. Il a pris sa vieille voiture, les 1200 dollars de son compte en banque, et il est parti en Floride, où il a trouvé un poste d’enseignant spécialisé auprès d’enfants autistes ou nécessitant des types d’accompagnements hors-norme.

Et Chris y a appris quelque chose : la connexion.

Pas celle 2.0, non – la connexion profonde, humaine. Authentique.

Avec le reste du monde, explique-t-il, nous mettons un masque social, mais avec ces enfants, le masque saute, le regard « normatif » de la société n’importe pas. Tu es toi-même.

 

Moteur ! Action.

Comment Chris en est venu à filmer ?

Très simplement. Chaque vendredi, Chris jouait de la guitare, et les enfants chantaient et dansaient. C’était beau, et souvent c’était étonnant.

Il a voulu capturer l’instant. Pour les parents, en particulier. Ils aimaient ça !

Tous !

 

 

De là est venue une réflexion : tout ce que Chris voyait de ces enfants, leur intelligence, leur humour, il voulait le partager avec le monde.

D’abord, un livre… et des refus

En premier lieu, Chris eut l’idée d’un livre : Livres Spéciaux par Enfants Spéciaux (en anglais : Special Books by Special Kids). Il s’agirait de portraits écrits par les enfants – avec son aide.

Il soumit l’idée à ses élèves et à leurs familles, ils étaient partants.

Ensemble, ils se mirent au travail et bossèrent des mois durant sur un projet qu’ils présentèrent à plusieurs éditeurs – et le livre, chaque fois, fut refusé.

Chris aurait pu abandonner, mais le projet était celui de toute sa classe. Il l’adapta.

 

Les Réseaux Sociaux sont (parfois) sociaux

Chris et les Enfants Spéciaux créèrent alors leur propre page Facebook, pour communiquer avec le monde, dire qui ils étaient, partager leurs rêves et leurs rires, et leurs difficultés quotidiennes.

Et en 6 mois (tenez-vous bien), ils eurent 50 000 followers – yeah man – dont une chaîne TV… qui partagea. Et quand une chaîne partage, le boom ne manque jamais : en une nuit, le nombre de fans des Enfants Spéciaux fut multiplié par trois – oh my gosh.

Plus important, la communauté s’est enrichie d’Enfants Spéciaux à travers l’ensemble des USA.

Et les interviews commencèrent…

 

SBSK : pour enfants spéciaux, interviews spéciales…

Les Enfants Spéciaux ont un grand cœur – et Chris aussi.

Il a pris une petite caméra et a voyagé, sur son temps libre, pour aller à la rencontre d’enfants de tous les âges, rendus spéciaux par toutes sortes de troubles et de pathologies, aussi bien physiques que mentales.

Bon, je dis Chris, mais en fait, rapidement, Noodle l’a rejoint. Puis Alyssa.

Noodle, Chris l’a trouvé abandonné sur une autoroute. Alyssa a commencé par donner de simples coups de mains, puis avec le temps s’est consacrée à toute la partie administrative du projet – tout en assistant celui qui devint son compagnon de vie, avec le chien Noodle, lors des tournages.

A ce jour, la page YouTube des SBSK compte 683 607 abonnés. Je compte sur vous pour la faire grandir.

Cette page est bonheur, à l’état brut – même si tout n’est pas rose bonbon de vidéo en vidéo… loin de là.

Face to Face avec les « Special Kids »

Les enfants sont cash. Ils aiment les questions cash, la sincérité – Chris aussi.

Il leur pose des questions tour à tour légères, drôles et graves – et les enfants répondent.

Ils répondent avec le sourire, ils répondent en riant, ils répondent les sourcils froncés, et parfois ils répondent avec des larmes.

Certains d’entre eux ne vivent que grâce à des soins quotidiens, constants, d’autres sont branchés à des appareils. Le handicap d’autres enfants – ou très grands enfants – est invisible.

Certains sont – selon les critères normatifs – difformes, et parfois défigurés. Certains sont muets. Certains sont aveugles. Certains vont mourir d’ici quelques mois – et certains, comme le merveilleux Kayne, atteint d’une tumeur au cerveau – ne sont aujourd’hui plus dans ce monde.

Tous nous interpellent et nous parlent.

Tous nous apprennent – renversant les rôles : les enseignants, les maîtres, c’est eux, bien souvent, dans ces vidéos.

 

Thank You Chris

Et si cela est possible, c’est grâce à un homme qui leur donne le premier rôle devant la caméra.

Qui sait s’effacer et les écoute.

Un jeune homme, plein de talent, d’intuition, de générosité, dont la présence calme, bienveillante, les accompagne, accueillant chaque mot sans le juger.

Et, grâce aux réseaux sociaux (pour une fois que les réseaux ont du bon !) – et à un site internet – nous le partage.

 

SBSK est une chaîne spéciale pour les coeurs spéciaux – et j’espère que vous serez de ceux-là.

Pour soutenir le projet, c’est ici.

 

Photo : Chris, Alyssa & Noodle

(Page SBSK sur Facebook)

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L’autrice de ce blog

Autrice publiée par des médias traditionnels, blogueuse, anthologiste, j’ai aussi dirigé, 1 an durant, le magazine en ligne Etik Mag.

Aujourd’hui j’écris toujours : de la fiction (noire, principalement) et des articles pour des éditeurs, des revues, des journaux, des magazines, d’autres blogs…

Je mets également ma plume au service de personnalités atypiques et projets hors-norme… car oui, j’aime les parcours (et les personnes) qui sortent des clous, et le revendiquent !