100 lieux – L’Outback australien

Toujours dans la Série des 100, voici lancée la liste des 100 lieux :

  • Ceux où j’ai vécu
  • Ceux que j’aime
  • Ceux dont je rêve
  • Ceux qui m’ont marquée (par le biais de fictions ou documentaires)
  • Ceux où j’aimerais un jour aller

 

On y croisera des pays, des villes, des régions, des îles, des lieux oniriques, fictifs, mythiques, des fonds de mer, et parfois des bateaux et des trains – et des rêves.

Pour commencer, voici le premier lieu que j’ai noté, à 11 ans, en tête d’une « wishlist » : l’Outback.

 

100 lieux - Outback - désert - Australie

L’Outback

La Terre rouge

L’avez-vous parcourue, déjà, cette vaste terre rouge située au-delà des clôtures à dingos et du bush sableux de l’Australie ? Personnellement, pas encore, et cela reste un de mes grands rêves.

Ce rêve, je le visualise ainsi – paupières fermées : une grande zone désertique – sans fin, sans mesure – trouée de cratères et de grottes, sillonnée par le ventre de serpents mortels, visitée par de craintifs lézards, colorée de calopsittes aux joues rouges, arpentée par des hordes de kangourous et de chevaux sauvages.

 

Le domaine des Cleary

Je l’ai aimée, cette terre rouge, avant même de pouvoir, vers 12 ou 13 ans, la découvrir en images mouvantes dans la série télé Les Oiseaux se cachent pour mourir (et par la lecture du livre, plus tard).

 

Lectures - Australie - Outback - Aborigènes - Art

 

Le lieu ne tient dans la série qu’un rôle de toile de fond – mais omniprésent. Dans le livre, la terre est plus dévoreuse, plus puissante (note : rappelons-le, l’autrice, Colleen Mc Cullough, est australienne).

« L’air était empli du bourdonnement des abeilles, strié de la brillance fugitive des libellules à la recherche des rigoles, animé des couleurs chatoyantes des papillons. (…) Si je devais quitter Drogheda demain pour ne jamais y revenir, songea-t-elle, je revivrais au cœur de mes rêves chaque parcelle du domaine à travers un sillage rose laissé par une envolée de galahs… »

 

Drogheda, sans être la Tara de Scarlett, a sa propre mémoire, sa propre souffrance, sa propre logique – dure, implacable. Son propre cycle et son propre temps. Trois générations de Cleary s’y succèdent (car oui, c’est moins une simple romance qu’une longue saga familiale – ce fait est plus palpable dans le roman que dans l’adaptation télévisuelle). Les incendies y sont ravageurs, la nature sans pitié, les hommes y tracent leur chemin à coups de dents – l’Outback est une âme, à part entière.

« Chacun de nous a quelque chose en lui qui ne peut être étouffé, même si cela nous fait hurler de douleur, au point de vouloir en mourir. »

 

Rêves et art aborigènes

J’ai retrouvé l’Outback, parcouru non plus de plumes ou d’épines, mais de Rêves, grâce à divers documentaires et livres sur l’art et la culture aborigène.

Notamment ceux de l’ethnologue Barbara Glowczewski. J’ai, à portée de main, Les Rêveurs du désert :

« Kuruwarri, un mot à multiples sens : littéralement « image », il désigne toute peinture effectuée par les hommes ou les femmes, mais aussi les récits mythiques et tout ce qui donne son nom à un Rêve. Kuruwarri, ce sont également les marques laissées par les héros dans la terre : gravures rupestres dont l’origine leur est attribuée, dépressions dans le sol qu’ils auraient formées en s’asseyant, lits de sable creusés sous leurs pas, sources surgies de leur urine, de leur sperme ou de leur lait, dépôts d’ocre émergés de leur sang coagulé. La plupart des traits du paysage sont ainsi des empreintes du passage des héros de Rêve ou des métamorphoses de leurs corps : un marais ou une grotte signent leur disparition sous terre, des roches attestent leurs organes pétrifiés, des arbres manifestent leurs forces souterraines.

Les Images de Rêve ne sont pas de simples images. »

 

Lectures - Australie - Outback - Aborigènes - Art
Mes lectures autour de l’Outback et de l’art et des Rêves aborigènes

 

Complexe, profond, enchanteur, l’art du peuple natif d’Australie prend ses racines dans un très vieux terreau culturel : 30 000 ans de dessins, de sigles, de signes.

Longtemps avant Seurat et Pissaro, il a inventé le pointillisme.

 

art aborigène - pointillisme

 

L’art des « Hommes vrais » (comme ils se nomment, dixit Marlo Morgan) raconte l’origine du monde et développe en boucle, dans un temps hors du temps, fait de cercles, de points et de strates, ses propres mythes, et sa propre géographie, ceinte de rochers visibles et ponctuée de repères invisibles, suggérant depuis que le monde est monde l’existence de réalités parallèles – comme l’astrophysique le fait maintenant.

 

Art et Rêves aborigènes

Fictions arides

 

Je l’ai retrouvé, aussi, plus tard, en filigrane, dans Ce que racontait Jones, de Catherine Rey, où l’héroïne a poussé « comme une sauvageonne en passant le plus clair de son temps à courser les kangourous dans les plaines alentour », au bord du désort, entre un père ex-dresseur de tigres, une mère ex-star du trapèze et trois frères déshydratés d’amour et tâchant de « fuir dans l’ivresse l’insupportable réalité ».

 

Ce que racontait Jones - Catherine Rey

 

Et aussi dans Les Chambres du désert, de Claude Delarue, chez Fayard où l’auteur fait renaître, au cœur du désert, Coober Pedy, ses abîmes, son soleil cuisant, la sueur qu’il prélève et ses rêves d’opales.

« Ils quittèrent Coober Pedy par la route d’Oodnadatta, traversèrent les concessions qui s’étendent vers le nord, longèrent sur quelques miles de désert les courbes incertaines des monts Stuart où plus une lumière ne brillait, puis bifurquèrent vers l’est, prirent une piste étroite, qui montait entre deux collines dans la direction du lointain lac Eyre. Un écriteau surgit dans le faisceau des phares, Adam Owl n’eut que le temps de lire Private Way, suivi d’un nom qui devait être celui de la propriété. Puis une phosphorescence bleutée illumina le paysage, pareille à la lueur d’un aquarium géant incorporé dans la noirceur du roc mais dont la source demeurait invisible. La voiture s’arrêta sur une vaste esplanade de terre battue éclairée par des spots dissimulés derrière les rochers. La nature formait là un hémicycle naturel à l’intersection de trois collines et d’étroites terrasses, en partie effondrées, s’étageaient comme les gradins d’un théâtre antique dont la scène surélevée donnait sur le désert à présent baigné d’une nuit paraphée par un croissant de lune. »

 

L’Outback, à ce jour, est un Rêve – teinté de sang et de violence, et de tristesse, comme l’histoire coloniale de l’Australie. Mais un Rêve éclairé aussi par la voie de Réconciliation empruntée par un gouvernement qui a su, de façon officielle et publique, demander pardon, par le biais de son premier ministre Kevin Rudd :

« Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens, a déclaré M. Rudd. Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous demandons pardon. Et pour l’atteinte à la dignité et l’humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon. »

 

Un Rêve que j’espère réaliser un jour… pouvoir parcourir l’Outback.

 

100 lieux - Outback - Australie - voyage rêvé

 

Photographies :

Esther (art aborigène)

Couverture et finale : Ayers Rock à Uluru, par Flo K.

 

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A propos

Autrice publiée par des médias traditionnels, blogueuse, anthologiste, j’ai aussi dirigé, un an durant, le magazine en ligne Etik Mag.

Aujourd’hui j’écris toujours : de la fiction (noire, principalement) et des articles pour des éditeurs, des revues, des journaux, des magazines, d’autres blogs…

Fin 2018, je crée mon propre média en ligne : Incisive.

Ce petit magazine totalement personnel me permet de publier les recherches que je mène en marge de l’écriture de mes livres, et aussi d’exprimer plus librement mes engagements et mes opinions, avec le ton et l’esprit qui sont les miens.

Je m’émancipe 🙂