100 films : Nosferatu de F.W. Murnau

100 films - Nosferatu le vampire - Murnau

Nosferatu, eine Symphonie des Grauens

Pour commencer, une bonne nouvelle : Nosferatu de Friedrich Murnau fait partie du patrimoine culturel relevant du « domaine public ». Donc on peut, en théorie, le voir et le revoir librement. Pour continuer, une mauvaise : à ce jour (et jusqu’en 2020, comme l’explique en détail Lionel Maurel) « l’ombre du droit d’auteur plane toujours sur Nosferatu le vampire ».

Ceci étant, que dire de Nosferatu ?

  • Nosferatu est immortel.

Vieux, Nosferatu ?
  • L’idée du projet est née dans un village perdu de Serbie, en pleine première guerre mondiale : le futur producteur du film y a entendu de flippantes histoires de vampires locaux, contées par des paysans serbes…
  • Le film s’inspire du livre de Bram Stoker, le célèbre (mais rarement lu – dommage) Dracula, paru en 1897 (même Julien Lepers n’était pas né).
  • Le réalisateur est mort, les producteurs sont morts, le scénariste est mort, les acteurs sont morts – et la veuve de Stoker est morte aussi – ainsi que les paysans serbes. Non, aucune sorte de malédiction : juste que le film…
  • … date de 1922 (et, au passage, il a failli ne pas voir le jour – déjà pour une sombre question de droits d’auteurs). Il en résulte logiquement que….
  • Nosferatu est muet comme une carpe. Eh oui, les années 10 et 20 (du siècle passé, je précise), c’est l’apogée du cinéma… muet. La grande époque de Charlie Chaplin, de Méliès (que même Julien Lepers ne connaît pas… et il a tort), de Dreyer (l’insurpassable Dreyer), de Fritz Lang… et non, Mark Zuckerberg n’était pas né (ni le portable).
Mais intemporel…
  • Nosferatu est sans aucun doute l’adaptation la plus fidèle à l’esprit du livre et du personnage du Dracula de Bram Stoker, mais aussi des folklores vampiriques d’Europe de l’Est (Ann Rice se trouve, elle, à cent lieues… cassée, Ann Rice).
  • Le film est un tableau vivant: chaque scène, chaque plan est réfléchi (comme un miroir), composé, gravé, sculpté dans ses moindres détails. Le producteur Albin Grau, passionné par les symboles (regardez le rôle de transformation, de passage d’un état à l’autre, tenu par les portes, dans le film ; ou encore la façon dont la lumière et l’ombre évoluent) et l’occultisme, était également décorateur, et se serait, pour cette production, inspiré de ses connaissances approfondies dans ces domaines, mais aussi des magnifiques illustrations par Hugo Steiner-Prag du Golem de G. Meyrinck (voir ci-dessous).
  • On y voit les Carpates d’avant 1939/45. Historique, yes. Vintage powa.
  • Il y a des effets spéciaux dedans. Comme le stop-motion (ce qu’on voit dans les films d’animation, avec les personnages en pâte à modeler, photographiés image par image), quand le Comte Orlock sort du bateau, ou encore le fast-motion (accélération des images). A l’époque, on utilisait le fast-motion pour souligner ou créer des effets comiques. Dans le Nosferatu de Murnau, il abolit la notion de temps et crée le malaise et l’inquiétude. Regardez cette scène où le cocher (en fait, le vampire) emmène le héros en diligence : ils accélèrent à une vitesse vertigineuse alors qu’ils traversent la forêt, en montagne. L’impression de perte de repères se trouve accentuée avec un second effet : l’utilisation par Murnau du négatif de sa pellicule. Grâce à ce procédé, la forêt obscure, alors que le soleil se couche, devient blanche – comme si la nuit entière l’était aussi… Bon, d’accord, on est loin de Matrix, mais ils savaient faire quand même, à l’époque. Tenez…

 

 

  • C’est un film d’horreur. Oui. Un vrai. Les Dracula suivants, c’est de la bluette. Tu peux manger tes chips en les regardant – celui-là, oublie le paquet de chips. Parce qu’au-delà de te faire baliser, ça t’hypnotise. C’est horrible et beau en même temps (mais personne n’y laisse sa vie ni aucun être ses écailles, son pelage, ses ailes ou ses plumes – du glauque tout aussi éthique que poétique… c’est rare).
  • C’est un film d’amour. Oui. Aussi. D’amour, de mort, d’attirances malsaines (les Nuances aussi, c’est de la bluette), un film sur l’angoisse, sur la perte, la peur. Et puis c’est un film politique et social (si si, sous un certain angle). Et spirituel.
  • Viva Max Schrek ! Chacun ses idoles. J’aime Max Schreck. Il a fait une carrière discrète (euh… non, dans le dessin animé éponyme, ce n’est pas lui qui dialogue avec un âne), mais le rôle d’Orlock dans Nosferatu l’a propulsé au rang de légende (au point que Klaus Kinski l’interprétera jouant Nosferatu, dans un remake de Werner Herzog, réussi).

Polarnecdote :

Le crâne de Friedrich Wilhem Murnau a été volé dans son caveau, près de Berlin.

Le grand plus :

Voir ou revoir Nosferatu en ciné-concert… c’est magique !

 


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L’autrice de ce blog

Autrice publiée par des médias traditionnels, blogueuse, anthologiste, j’ai aussi dirigé, 1 an durant, le magazine en ligne Etik Mag.

Aujourd’hui j’écris toujours : de la fiction (noire, principalement) et des articles pour des éditeurs, des revues, des journaux, des magazines, d’autres blogs…

Je mets également ma plume au service de personnalités atypiques et projets hors-norme… car oui, j’aime les parcours (et les personnes) qui sortent des clous, et le revendiquent !