Yoga & Rock : 12 poses que je travaille en musique (1)

Hey ? Du Yoga avec du rock ?

 

Oui je sais. On croit de loin que le Yoga, c’est forcément Om Shanti Om assorti de musiques indiennes. Pas forcément. Le Yoga, ça peut être rock. Ou New-age (moins étonnant). Ou trip-hop. Ou Doom Metal. Ou Jazz. Ou reggae. Ou pluie de tambours. Ou… ce qui te chante. Ce qui fait vibrer une corde en toi. Ce qui te remue. Te fait grandir. Te met en mouvement – le Yoga n’est pas immobilité – ou du moins pas que – mais voyage.

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Alors j’ai pris une montagne de tubes que j’écoutais et qui sont devenus comme les BO de divers instants, de diverses émotions, de diverses pensées, divers rêves de ma vie, et je les ai assemblées pour accompagner mes progrès et mes chutes en tant qu’apprentie Yogi trébuchante.

J’aime le Yoga. Et j’aime la musique. Et même si elle et moi nous avons souvent été en guerre, j’aime la vie.

Si cela peut vous inspirer – la musique ou les asanas, ou qui sait les deux – je vous le partage.

A raison de 2 poses chaque semaine.

(Note : Cette série est destinée à être publiée en anglais dans les pages Yoga d’Elephant Journal, pour lequel je rédige des chroniques.)



Asana 1 ! The Pixies – Where Is My Mind


Adho Mukha Vrksasana : posture inversée les bras tendus

adho-mukha-vrksasana


Je n’ai pas connu les Pixies lors de la sortie de leur album. Et pourtant le son, la chanson, me sont familiers. On dit (et c’est sans doute vrai) que c’est loin d’être leur “best of”. Qu’importe. Quelque chose de particulier secoue les neurones, berce, vrille et pulse – oui, ça me fait tout ça à la fois. Et puis, hé, depuis… Fight Club, quoi ! 🙂

With your feet in the air and your head on the ground, Try this trick and spin it, yeah, Your head will collapse, But there’s nothing in it, And you’ll ask yourself: Where is my mind?


Le choix d’une posture inversée

Ayant eu de multiples chocs et lésions aux cervicales, j’évite les postures telles que la Charrue (Halasana) ou le poirier (Sirshasana) et ne pratique Sarvangasana qu’avec des aménagements particuliers.

En revanche, la posture d’Adho Mukha Vrksasana, dans laquelle ce sont principalement les bras et poignets qui travaillent, avec l‘ensemble du corps, m’est (personnellement) bénéfique.

Un point de vue différent sur les choses

“With your feet in the air and your head on the ground” : il s’agit ici d’une inversion de notre point de vue par le corps.

Adho Mukha Vrksasana permet non seulement de voir l’univers la tête en bas, mais au-delà du simple regard, de sentir aussi nos appuis et notre équilibre chamboulés.

Paumes au sol, cerveau irrigué

D’un coup, ce sont nos paumes qui s’ancrent fermement sur le sol, et nos bras qui portent notre corps entier.

Tandis que le sang reflue vers la tête (ce qui, avec mesure, est excellent), la colonne vertébrale aussi est soutenue par les muscles du tronc différemment. Et demande, de même que dans le sens inverse, à être, vertèbre par vertèbre, libérée.

Où est mon esprit, dans cette posture ?

Il est attentif, en tout premier lieu, à soutenir l’ensemble de mon corps, à le retenir et à ne pas tomber. Tout tient, même en appui au mur, à un fil. Et tout est question de préparation, également.

Mon esprit est donc à cent pour cent présent dans chacune de mes vertèbres et chacun de mes muscles, car même si cette posture tourneboule, et qui sait, peut-être, révolutionne, elle ne souffre aucun égarement.

L’inversion sur les mains… pour tous les âges ?

Carrie Owerko, enseignante de Yoga selon les principes d’Iyengar, a partagé une vidéo (en anglais) sur le sujet : elle démontre que si l’on aborde la pose dans un esprit de progression et le respect total de qui l’on est, avec nos limites, alors on peut s’entraîner, avec le soutien bienvenu d’un mur (et d’un bon professeur) et la maîtriser… à tout âge.

Shana Meyerson fait de même avec sa maman pour cobaye !

Dépasser la peur

Qu’est-ce que j’aime, outre le point de vue inversé, dans cette pose ? C’est le fait de dépasser ma peur. Sans la nier.

Comme l’explique Sarah dans cette vidéo, ce dépassement est intérieur : l’apprentissage d’Adho Mukha Vrksasana est celui d’une compassion envers soi – non dans le rendu (vite vite Instagram !) de la posture.

J’ai commencé (et j’y reviens) par dépasser ma propre peur avec, simplement, mes jambes tenues à angle droit de mon corps (bras, tronc) et du mur. J’ai poursuivi en les levant – un peu, et puis un peu encore. Pour finir par me lancer, le dos à 30 centimètres du mur.

La peur n’est pas une ennemie à vaincre – c’est une compagne de marche, qu’on rassure.

Alyssa en fait une bonne démonstration (en anglais encore, mais vous trouverez de bonnes vidéos en français également). De même que les Ninja Hoops, avec beaucoup d’humour, ici.



Asana 2 ! Lhasa de Sela – El Desierto


Tuladandasana : le bâton en équilibre

Tuladandasana


Lhasa de Sela. Un coup de cœur. Vous savez, quand vous voyez quelqu’un, quelque chose, et que votre thorax se trouve d’un coup en apesanteur, soulevé comme par une giclée d’hélium. Lhasa est artiste. Lhasa est parolière. Lhasa est musicienne. Lhasa est peintre. Elle écrit et chante en trois langues. Elle voyage. Elle sourit. D’un sourire très doux. Elle est simple. Ou plutôt était. Elle s’est envolée il y a 7 ans. Le choc de sa Llorona est restée comme une vague pulsée dans mon ventre. El Desierto – particulièrement. J’ai aimé tous ses albums – tous.

He venido encendida al desierto pa quemar
Je suis venue enflammée dans ce désert pour brûler
Porque el alma prende fuego cuando deja de amar.
Car l’âme prend feu quand elle cesse d’aimer (1)


Une posture qui challenge

La posture de Tuladandasana n’a l’air de rien, et pourtant c’est une pose qu’en Yoga on dit “intermédiaire” – c’est-à-dire sans épreuve particulière ni chausse-trape, mais pas non plus facile pour autant.

Le fait d’être en équilibre sur un seul pied, une seule jambe, comme une cigogne, n’est déjà pas en soi chose aisée… Une fois le corps basculé à l’horizontale, en avant, bras dans le prolongement du torse (ou éventuellement plaqués le long du torse), ça devient un peu moins aisé.

Peut-être pas en continu, mais au cours de certains instants de basculement, quand le corps, prenant conscience de sa hauteur, de son déséquilibre, veut chavirer.

On le maintient alors comme le capitaine garde,  tenace , le cap de son navire sur des flots d’un coup agités. Avec constance. Avec patience. Avec humilité. Avec calme.

Malgré le battement cardiaque parfois légèrement accéléré…

Virginia Barnes fait ici une démonstration en plein air (c’est bien, le plein air) de Tuladandasana.

Le cœur ouvert

La posture (asana) de Tuladandasana est réputée pour renforcer les épaules et les muscles thoraciques. Elle fait aussi travailler l’ensemble des muscles du corps, depuis la jambe au sol jusqu’aux bras tendus, à la nuque, à la jambe suspendue, et aux muscles du dos et du ventre.

Elle ouvre le cœur – à condition, ce qui relève du challenge, de ne pas s’affaisser. On garde le regard droit devant. Donc, en l’occurrence, vers le sol : l’ambition doit ici se combiner à l’humilité . Et le projet, à l’ancrage. Ensemble, le dos et la jambe levée, forment un trait (“bâton”) parallèle au sol.

Ce n’est pas une question d’esthétique. La posture de Yoga est intériorité. On se fout du miroir. On se fout du regard d’autrui. Le regard est en-dedans. Dans l’équilibre. Dans le maintien. Dans le challenge qui ne se fait qu’entre soi et soi.

Si les doigts, dans le prolongement de la tête, sont ici la proue du navire, c’est le cœur, ici, le gouvernail. La tête fend, le cœur équilibre.

Le désert

Comme Lhasa dans le désert, on vient ici se rencontrer soi.

La route est une route intérieure. Le navire, à bord, n’emmène que soi.

Comme les marins, en espace réduit, apprennent les uns les autres à se tolérer et à cultiver le “vivre ensemble”, ici les muscles, le cœur et l’esprit apprennent à supporter le corps – qui devient l’équilibre, le “porteur” de l’ensemble.

La brûlure : être soi, vulnérable

Dans le Yoga, pas de faux semblant. Et avec Tuladandasana, aucun relâchement, dans la conscience de soi, n’est possible. On est soi tout entier, ou bien on bascule hors de soi – et tout court.

Souffle et puissance

La clé, comme partout en Yoga, est ici, encore, de respirer.

L’équilibre s’acquiert par le souffle.

Inspiration, expiration, et non pas tension des muscles : voilà la clé.

Chaque pose devient leçon – apprentissage


Lara Alexiou, enseignante de “Hot Yoga” à Scranton en Pennsylvanie, décompose longuement (en anglais) la posture et comment bien l’ancrer par là.

(La série “Yoga & Rock” se poursuit : Partie 2 !)

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9 comments

  1. Ena says:

    Quel magnifique article! J’ai énormément de mal avec les postures inversées, je n’ai pas encore réussi à apprivoiser ma peur, mais la petite vidéo que tu as mise est intéressante, je vais essayer…Faire du yoga sur Lhasa, je n’y avais pas pensé! Comme toi, je suis une grande fan, je l’écoute souvent, elle me bouleverse, même si je ne comprends pas tout, alors peut-être effectivement qu’associée au yoga, ça peut être intense et différent. Merci pour cet article!

    • Yael says:

      Merci Ena ! On n’apprivoise jamais sa peur, c’est un petit animal sauvage. Je crois qu’on compose avec elle. Lhasa… ah, ça ne m’étonne pas que tu l’aimes aussi 🙂

    • Yael says:

      Je ne sais si tu parles du Yoga tout court ou du Yoga sur du rock, mais oui, tenter une séquence pour essayer, c’est toujours une belle expérience. Un prof en face à face, c’est le top. Sinon, si tu es totalement débutante et si tu parles uniquement français (je le dis car beaucoup de vidéos sont en anglais) je te conseille les cours pour débutants proposés sur internet par Ariane (Yogacoaching), il y a plein de vidéos gratuites qu’elle a mises à disposition sur Youtube !

  2. Angélique says:

    C’est sympathique et original de mêler le yoga au rock ! Je n’ai encore jamais testé personnellement, même en musique.

    J’aime pratiquer dehors sous le chant des oiseaux et le souffle du vent. Ou en salle avec une professeur mais bien entendu il n’y a pas de musique.

    Je devrais tester un jour 😉

    Sinon, côté posture, j’adore pratiquer la salutation au soleil chaque matin ! C’est ma petite routine yoga matinale ^^

    • Yael says:

      Le chant des oiseaux et le souffle du vent (et pour moi le battement, dehors, de la pluie) sont les plus belles mélodies qui soient… la nature “rock” également 🙂

  3. Nadia says:

    C’est couillon mais je n’ai jamais pensé à faire mon yoga autrement que dans le silence !
    Je ré-écoute une chanson en boucle depuis que j’ai vu Skunk Anansie en concert l’autre soir, je vais la tenter je crois !

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