Laissez-moi vous raconter une histoire.

Celle de la naissance, dans ma vie, du storytelling – et de son sens profond – pour moi.

 

 

Toute aventure, toute vocation, toute entreprise a une histoire.

Celle de l’origine.

Pour moi, c’est celle de la petite fille et du monstre.

 

Il était une fois une petite fille brune.

Elle vivait, comme moi, en HLM.

Je la voyais entrer et sortir par la porte juste en face de la mienne. J’étais souvent seule. Elle, entourée. Amis, famille. Un père, une mère.

Je me disais : qu’elle a de la chance.

 

Dans le quartier, à l’époque, après l’école, il y avait peu de choses à faire. Les plus grands d’entre nous fumaient, buvaient et parlaient, assis sur les marches du perron de l’immeuble. Les adultes appelaient ça « traîner ».

La petite fille et moi n’avions pas – loin de là – l’âge de traîner. Nous regardions les fourmis ensemble. Elles trottinaient en colonnes sur le sable – emmenaient, sérieuses, concentrées, leurs trouvailles : miettes de pain, insectes morts, brindilles. Nous leur donnions avec précaution, du bout des doigts, de minuscules morceaux de nos goûters.

 

La petite fille avait la peau laiteuse, des tâches de rousseur, des joues rondes et une fossette spécialement marquée dans une joue. La joue droite, il me semble. Les adultes trouvaient ça adorable.

Elle était adorable, sans le moindre doute.

Et elle n’avait pas de chance, non.

 

De temps à autre elle s’absentait avec sa mère, un jour, trois jours, et parfois plus, et revenait un foulard noué sur la tête. Un peu fatiguée, un peu pâle. Avec toujours, pourtant, le même sourire, les mêmes petites dents blanches, la même fossette.

 

Deux mois environ avant sa mort, les Dents de la mer 3 étaient annoncé sur de grandes affiches. Nous n’avions vu ni le premier ni le second, nous étions trop jeunes. La petite fille me dit que nous verrions le troisième ensemble, même si nous n’avions pas l’âge légal.

 

Elle pensait qu’on trouverait un moyen de contourner l’incontournable.

Elle pensait que cette histoire de combat contre un monstre surgi des eaux sombres était la sienne.

Elle pensait que ce serait bien, de voir comment on triomphe, ensemble.

 

Deux mois plus tard, une voiture la ramenait de l’hôpital. Cette fois, elle ne revenait pas assise, mais couchée. Ses joues étaient creuses. Le monstre avait mangé sa fossette.

 

 

Le rapport avec le storytelling ?

 

Celui de la magie des mots – du pouvoir extraordinaire d’un récit.

Y compris contre le révoltant. Contre l’injuste. Contre l’inacceptable.

 

Quelques jours après la mort de la petite fille, la chose la plus importante au monde me parut être de lui laisser, là où elle dormirait pour toujours, un message.

 

Je décidai de faire une collecte… Mais qui connaissait la petite fille ?

Nous venions d’entrer en 6ème. Elle n’avait côtoyé que peu d’enfants – et avait été souvent absente.

 

J’y réfléchis un long moment.

 

Les adultes avaient une solution : une simple enveloppe, dans chaque classe. Chaque élève ferait un don libre.

 

On achèterait une dalle funéraire.

 

Le mot « funéraire » – si plat, si froid, si peu représentatif de la présence merveilleusement vivante encore, dans mon esprit, de la petite fille – soulèverait-il un élan ? Et pourquoi des enfants seraient-ils touchés par le décès d’une élève qu’ils n’avaient qu’entrevue ?

 

Je voulais qu’ils le soient. Je voulais qu’ils le soient comme si chacun d’eux l’avaient connue. Je voulais qu’ils aiment son sourire, son enthousiasme, sa petite fossette, ses boucles brunes – et son combat contre son monstre, aussi.

Je voulais que chacun d’eux aime la petite fille comme si, depuis toujours, tous et toutes l’avaient connue.

 

Alors je suis passée de classe en classe. Et non, je n’ai pas parlé de dalle. Ou très peu.
Je n’ai parlé que d’elle. De la petite fille.

 

Aux enfants, aux enseignants, à la bibliothécaire, aux femmes de service – à tous ceux qui tendaient l’oreille.

 

Je n’ai jamais eu l’impression de poser une enveloppe. De faire une collecte.

 

J’ai juste raconté la petite fille. Je l’ai emmenée à mes côtés, le monstre à nos trousses, de salle en salle. Elle était l’héroïne de chaque récit.

 

Tout ce temps, des fourmis invisibles semblaient ramener des parcelles d’elle, de son rire et de ses rêves – lui redonner vie.

 

En 24 heures les dons ont afflué d’une telle manière qu’il semblait indécent, pour les adultes, d’acheter une dalle.

 

Tout est parti en don pour la recherche.

 

A l’époque, je n’avais aucune idée de ce qu’était la recherche. Il me semblait juste qu’elle constituait un combat contre un monstre surgi de je ne sais quelles abîmes – et que puisque tout le monde le disait, ce soutien toucherait, de son océan lointain, la petite fille.

 

Mais l’important ne fut pas l’argent. L’important, ce furent les images créées dans l’esprit d’inconnus, qui le temps d’un simple récit, se sentirent impliqués dans son histoire. Luttèrent avec elle. La firent revivre.

 

 

Storyteller, en fait, c’est quoi ?

C’est un conteur.

De Shéhérazade à Maupassant et aux frères Grimm en passant par Homère et les Apôtres, c’est celui, celle qui raconte des histoires.

Cela peut être des histoires de fiction – et à ce moment on parle d’auteurs.trices.

Ou le récit d’histoires réelles : biographies et autobiographies, par exemple.

D’une façon propre à l’ère du numérique, les histoires peuvent être habilement tissées (si vous saviez comme chaque mot se travaille !) autour d’entrepreneurs.ses, d’entreprises, de produits, de « tunnels de vente », de pages « à propos », et d’articles divers (Mathias Savary parle avec une passion contagieuse de ce nouvel art du récit online).

Copywriter ?

Formée à l‘environnement web et à son extension directe (ce qu’on appelle l’inbound marketing : savoir attirer le lectorat de façon ciblée et le « convertir »), j’ai beaucoup appris et pratiqué ce qu’on appelle le « copywriting » (rédaction d’articles et contenu web) et sa variante le « storytelling » dit « vendeur » : celui qui « vend » l’entreprise, le service, le produit, par leurs histoires.

Je l’ai fait, et j’ai envisagé d’en vivre.

Sauf que non.

Je n’aime pas « vendre » – le mot est lâché.

 

Storyteller !

Ce que j’aime ? Tout ce qui gravite autour de « mouvoir » :
  • Mouvoir
  • Émouvoir
  • Promouvoir

Par des « histoires » en tant qu’autrice.

Mais aussi en traçant le « parKour » de la vie des autres, de leurs vocations, de leurs entreprises – et en racontant leurs histoires.

 

 



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