L’auteur : Peter Pan, son ombre, sa Toile.

Pourquoi j’accompagne les auteurs.trices dans le travail de gestion de leur image en ligne ?

Vous pensez que c’est une lubie ? Une opportunité que je saisis dans un marché porteur ?

Mauvaise réponse.

 

 


Croyez-moi, le « marché » n’est pas porteur, non.

Je n’ai jamais vu public si réticent à se laisser aider. En fait je n’ai jamais vu public si réticent à, tout simplement, s’aider lui-même. Et à mettre son propre travail, avec un minimum de sérieux, d’énergie et d’implication, en avant.

 


Le public des auteurs édités par voie traditionnelle est le plus difficile qui soit.

Le plus difficile – je sais de quoi je parle.

 

Les auteurs sont des grands enfants.

Ils aiment cumuler les couvertures, signer, comme des grands, les contrats, voir leurs textes commentés sur le Web… mais se prendre au sérieux, ils n’y arrivent pas.

 

 

 

De la flemme ? Certes non.

 


Il est infiniment courageux, l’animal.

 

Infiniment. Je pèse mes mots, oui.

L’auteur.trice pose ses tripes et ses émotions sur une table, prend le scalpel, ouvre tout, et regarde.

Chaque jour, en prenant le stylo – ou en ouvrant son éditeur de texte – il met le pied dans un territoire inconnu. Une terre incertaine, instable. Le genre de terre sableuse où tout peut n’être qu’illusion et fondre au fur et à mesure qu’on l’approche – alors même qu’on crève de s’être mis à nu.

Les auteurs.trices maudit.e.s ne sont pas – non – les seul.e.s concerné.e.s. C’est dur d’écrire de la littérature de genre. C’est assez évident pour le polar, le fantastique et l’horreur, où tous les fantômes, toutes les craintes surgissent, au fil du texte, de sous les tapis et des portes de placards.

Pas de zombies, c’est vrai, dans la littérature sentimentale ou drôle ou que sais-je… et pourtant.

Pourtant c’est dur de s’exposer. D’exposer son texte. De regarder cette chose. Noire. Rose. Grise. Blanche. Qu’importe. Cette chose nue. Offerte aux regards.

 

 


C’est brave et ardent, un.e auteur.trice.

Je connais leur vaillance.

Je connais leur ego. Démesuré à certains moments – comme l’ombre qui, trois fois agrandie, envahit les murs et le trottoir.

 

Ils te parlent d’eux, les auteurs. Elles te parlent d’elles, les autrices.

De leurs publis, de leurs textes, de leur roman en cours, des échos qu’ils ou elles reçoivent. Ils et elles te parlent de leurs goûts et de leurs coups de cœur, comme si ce qu’ils ou elles ont dans la tête étaient un champ précieux de petits boutons d’or intellectuels.

 

Et oui, leur crâne est un champ fastueux.

Et enchevêtré et complexe.

Un champ où scintillent des soleils. Et des lames de scalpel. Et des gouttes de sang.

 

 

C’est un champ, oui…

Parfois un champ de mines.

 

Et quand tu t’approches d’un auteur ou d’une autrice et que tu lui parles, tu vois son ombre tout à l’heure géante glisser le long du mur et décroître.

Et beaucoup d’incertitude grandir, en retour, tandis que devant toi se tient, anxieuse, une personne timide et vulnérable.

Hantée par l’idée de l’imposture.

 

 

 

Mais continuant, malgré les petites voix dans sa tête – des voix terribles – le travail sans fin de faire naître des mondes.

Et de donner.

Donner.

Se donner.

 

C’est un samouraï, un.e auteur.trice.

 

Un samouraï

Genoux à terre.

Le ventre ouvert.

Et qui te sourit, comme si l’hémorragie de l’encre allait de soi.

 


C’est précieux et beau, un.e auteur.trice.

C’est tellement précieux qu’il ou elle ne sait pas se vendre ou mal, l’animal.

Oh, il.elle fait semblant. Il.elle y travaille.

 

Parce qu’ils.elles sont d’une immense générosité, les auteurs.trices

 

Tu les croiseras dans les Salons, moins payés, pourtant, que les plantes vertes, mais s’y impliquant, pour leur public.

Le public a besoin de ces fleurs de mots que l’auteur.trice cultive le long des pages. Il.elle aime les soleils des champs, le.la lecteur.trice. Les lignes de mots qui font jaillir le sens.

Le public aime aussi les scalpels. Et les tripes. Et la dissection d’une âme – sauvage.

Le public est précieux, lui aussi – les lecteurs.trices sont une part de la magie même.

 

Mais au-delà de ce travail, de cette implication, de cette générosité immense – et de ce que l’invite à faire son éditeur.trice (ou, même si le fait est rare en France, leur agent.e)…

 

L’auteur.trice ne sait pas se vendre, non.

Ni se promouvoir.

 


 

Les fleurs des champs ne se promeuvent pas, si ?

Si. A leur façon de fleurs, elles tissent leur Web tissé de codage génétique pour que la vie naisse de la vie, cycle après cycle, recommencement après recommencement.

 

Les auteurs.trices ont besoin, en 2018, d’être présent.e.s sur le Web (celui des écrans) et de se promouvoir.

Pas pour voir grandir, sur le mur, l’ombre.

La fausse ombre.

Celle des clavardages des réseaux. Celle de l’égo qui étend son grand pouce bleu…

Non.

 

Ils et elles ont besoin de se promouvoir, parce que lorsqu’on fait chanter l’âme du monde et qu’on lui donne sens – sens même à la nuit, sens même au vide, sens à la peur – cela devient une responsabilité d’être vu.e, d’être lu.e, d’être trouvé.e.

Que le chant soit entendu.

Une responsabilité, et un devoir.

 

Se détacher de l’ombre des réseaux sociaux – grandir sur le Web – tisser sa Toile d’auteur, d’autrice.

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