Les voix des autres : Malavita – lecture.

Il est rare que je tombe amoureuse d’un livre.

En décembre 2016, ç’a été le cas.

Malavita

Tonino Benacquista, Malavita (Gallimard, 2005)

Comment résumer, sans trop dire ?

Dans le cadre du programme fédéral des États-Unis pour la protection des témoins, une famille américaine débarque dans la petite ville de Cholong-sur-Havre, en Normandie.

Le père, ancien mafieux, se prétend écrivain. La mère s’implique dans les bonnes œuvres. Le fils devient le justicier de son lycée. La fille, Belle… est belle, et n’aspire qu’à l’être, simplement.

Et… repentis ou non, il ne faut surtout pas les faire chier.

Les vieux réflexes reprennent vite le dessus.

Et la nostalgie d’une autre vie, vécue ou non vécue, reste, pour chacun d’entre eux, présente.

Y compris pour la chienne… la mélancolique et douce Malavita qui, un jour, montrera les dents.

Autour de la famille, deux camps s’affrontent : le FBI et la Cosa Nostra.

Tout cela autour d’une vie tranquille… l’enfer est pavé de normalité, et ses directions sont… explosives !

Voilà pour le pitch.

J’ai adoré le livre. Déjanté, pété. Ramifié en multiples histoires. Brut de décoffrage, mais poétique.

Sa complexité. Sa profondeur. Ses personnages arrachés à leurs racines, à leur vie, à leur moi profond – déchirés. Ne reprenant leur souffle que dans l’enfer qui les talonne et qui, tout comme leurs souvenirs, ne les lâche pas. Ce qui abattrait d’autres les fait revivre.

Malavita, a film by Luc Besson with Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones, Diana Agron, John D'Leo...

Malavita, adaptation filmée de Luc Besson avec Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones, Diana Agron, John D’Leo…

Il ne s’agit pas tant de “repentis” que de personnages qui se cherchent – pas tant d’honnêteté que d’authenticité : qui suis-je, vraiment ?

Le sens d’une vie n’est pas le sens du monde. Mais ils se rejoignent.

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Le loup ne sait pas vivre une vie d’agneau, il y marche comme un canard – pour lui la normalité qu’il lui faut endosser, pour suivre le troupeau, est une paire de palmes : c’est peut-être pratique dans d’autres eaux, mais sur le sol de leur vie, ça les entrave.

********

Aujourd’hui, je viens de relire cette citations de Steve Jobs, et j’ai repensé à Malavita.

Your time is limited, so don’t waste it living someone else’s life. Don’t be trapped by dogma—which is living with the results of other people’s thinking. Don’t let the noise of other’s opinions drown out your own inner voice. And most important, have the courage to follow your heart and intuition. They somehow already know what you truly want to become. Everything else is secondary.

“Votre temps est limité, alors ne le perdez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Ne soyez pas pris dans le piège du dogme – qui est de vivre avec les résultats de la pensée d’autres personnes. Ne laissez pas le bruit de l’opinion des autres noyer votre propre voix. Et plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Ils savent déjà ce que vous voulez vraiment devenir. Tout le reste est secondaire.”


J’ai enchaîné, après Malavita, sur divers polars. Excellents d’ailleurs, pour la plupart. Le dernier – que je finis : “The Madman’s Tale” (publié en français sous le titre “Une histoire de fous“, de John Katzenbach.

Je me disais que, ce qu’un psychotique fait chaque jour – distinguer sa propre voix des voix plus ou moins nombreuses qui l’assaillent – est un défi que nous devons relever, tous : dans le brouhaha des voix autres, de cette cacophonie, assourdissante, où est notre voix à nous ? Notre voie ?

une-histoire-de-fous

Là où le psychotique doit retrouver le fil de ce qu’il est et de sa volonté propre au milieu de voix discordantes dans son propre crâne, chacun de nous doit identifier l’écho de voix réelles, existantes, venues du monde extérieur, dans la caisse de résonance de ses habitudes, de ses craintes ancrées, de sa mémoire.

Nous vivons avec les voix des autres, les regards des autres, les aspirations des autres… en permanence.

Quand nous bossons, quand nous chantons, quand nous courons, quand nous tombons, quand nous rêvons, quand nous aimons… nous le faisons avec les voix des autres.

Où est notre voix ? Unique ? La nôtre ?

Et notre voie ?


Ne perds pas ton temps à vivre la vie des autres.


Ni à écrire les histoires des autres.

Ni à adopter le point de vue des autres.

Ni à marcher comme un canard si tu sais nager comme un cygne… ou bondir comme un loup.

C’est ce que j’ai retenu.

Merci Tonino, merci Steve.

Parfois, à un carrefour, il suffit d’un livre…

d’une suite de mots…

Juste.

Parfois.

malavita2

 

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