« J’ai très tôt renoncé à la viande »

La vraie-fausse citation

Si vous vous intéressez, de près ou de loin, au végétarisme, vous avez sans doute lu cette citation célèbre, attribuée à Léonard de Vinci :

Jai très tôt renoncé à la viande et un jour viendra où les hommes tels que moi proscriront le meurtre des animaux comme ils proscrivent aujourd’hui le meurtre de leurs semblables.

C’est très joli, sauf que c’est faux : cette phrase n’est pas de Léonard, mais de son personnage, dans une fiction – russe, semble-t-il (1).  Est-ce important ? Non, pas vraiment.

Est-ce si déterminant de savoir que De Vinci ait été végétarien ou non ? Il aimait la nature. Était passionné par la biologie, les espèces et le vol des oiseaux (2). Il connaissait le fond de nos esprits, parfois plus inquiétants que nos entrailles. Et il disséquait peut-être quelques animaux, aussi, au passage, ce qui fait jaser, de même que le détail de ses menus, dans les chaumières web hostiles à la nutrition végétalienne et au mode de vie et de pensée végane.

Bon, très bien. De belles citations, inspirantes, sont tronquées, voire fausses. Et alors ?  Ne peut-on, juste, penser par nous-mêmes ?

Un défi d’écriture

Je savais qu’en écrivant ce billet, en réponse au défi « Écriture » du Café des Blogueuses (café qui m’a fait faire certaines de mes plus jolies rencontres en blogging – j’y reviendrai) sur le thème « véganisme », j’allais livrer un peu de ma pensée, de ma sensibilité, et donc, presque nécessairement, de mon histoire. Je le ferai.

Une évolution nécessaire ?

Mais d’abord, je vous propose un détour rapide sur l’Histoire avec un grand H majuscule, et quelques éléments de biologie – pour parler (un peu) nutrition. Et puis, sur le point de vue de l’éthique. Ensuite, je me livrerai un peu. Souvent la micro-histoire, personnelle, rejoint un « air du temps »… et cet « air du temps » souffle dans la direction du véganisme – et la prédiction énoncée par notre vrai-faux Léonard sera certainement,d’ici quelques décades, d’actualité. Parlons déjà Histoire, pour commencer.

 

1.     Le point de vue historique

« Prenons garde »

Nous sommes à un tournant. Crucial. Comme disait Jacques Chirac lors du Sommet de la Terre il y a 15 ans : « Notre maison brûle. » Histoire de ne pas tronquer sa citation, la voici entière :

Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.

chirac-johannesbourg-notre-maison-brule

Ça, c’était il y a 15 années. Je crois que nos regards affrontent de mieux en mieux la réalité, et son urgence.

Que se passe-t-il ?

Aujourd’hui, la situation est simple :

Nous avons de moins en moins de ressources ET nous avons, nous, humains, une population de plus en plus nombreuse (et la croissance est exponentielle) à nourrir.

Le constat – terrible :

Pour commencer, énonçons quelques faits :

  • Les surfaces artificielles (béton, routes, parkings, maisons, immeubles, etc.) recouvrent près de d’ 1/10ème du sol français (et on ne compte pas dedans l’artificialisation agricole, même lorsqu’elle est intensive… imaginez) et cela ne fait que s’accroître, à raison de l’équivalent d’un département entier tous les 10 ans !

urbanisation

Plus de 25 000 espèces s’éteignent chaque année

extinction-especes

  • La population humaine était de 2.5 milliards en 1950, elle devrait être d’environ 10 milliards en 2050.
  • Les émissions annuelles de CO2 ont quadruplé entre 1960 et 2013 !

Quand cela a-t-il commencé ?

On croit souvent que la destruction des espaces naturels et de ses ressources date de l’ère dite « industrielle ». Non !

200 000 années de destructions massives

Cela a commencé dès les premières  migrations des hommes – c’est-à-dire au Paléolithique – il y a 200 000 ans. 

Au fur et à mesure que les hommes ont conquis de nouveaux territoires, au-delà de l’Afrique – ils ont parallèlement développé de nouveaux outils, nouvelles techniques et nouveaux savoirs.

paleolitique-massacres-lascaux

Quel impact ?

Il y a 10 000 ans, à l’exception de l’Antarctique, notre espèce avait colonisé tous les continents. Et les dégâts étaient déjà notables :

  • Des terres brûlées (Australie)
  • Des espèces disparues (Australie, Amériques…) – conséquence de chasses intensives
  • Et, au fur et à mesure des millénaires, de plus en plus de terres rasées, fauchées, remodelées, pour l’agriculture et l’habitat

Ces modifications radicales de l’environnement ont transformé tous les endroits de notre planète colonisés par l’homme .

Accélération effrayante

Ces derniers siècles, le phénomène s’est accéléré à une telle vitesse et a modifié la surface de la planète de façon si flagrante qu’il a fallu inventer un nouveau terme pour caractériser ces changements : l’anthropocène.

anthropocene

L’Anthropocène serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère. (3)

Pour vous donner une idée concrète, l’activité humaine a eu plus d’impact sur les sols que le vent, les glaciers, les volcans et le processus de formation des montagNes tous ensemble !

Et… le rapport avec le véganisme, me demanderez-vous ?

Eh bien, beaucoup ! Notamment :

    1. Selon les chiffres avancés par les Nations Unies, “si rien ne change, 3,5 planètes Terre seront nécessaires pour assurer les besoins d’une population mondiale dont le style de vie serait comparable à celui des Européens ou des Nord-Américains.
    2. Savez-vous qu’il faut 5 000 litres d’eau en moyenne pour produire 1 kg de viande ?Effet de serre selon l'alimentation
    3. Non seulement l’élevage est un gaspilleur d’eau potable, mais de plus il pollue sols et eaux : antibiotiques à doses massives (et vive l’antibiorésistance… tu ne peux plus soigner les angines à répétition de ton petit dernier ? ne t’étonne pas), hormones (hop, un facteur de risque en plus pour les cancers hormonaux dépendants – et les mangeurs de viande sont les premiers concernés, évidemment), les pesticides (qui dit élevage dit agriculture intensive, ça va ensemble), engrais (idem), déjections, nitrates, etc.

    • Selon le site Végétik, “en Europe, plus de 50 % des eaux polluées sont dues à l’élevage intensif des animaux y compris les élevages de poissons.”
    • L’élevage contribue à la pollution, à l’acidification des sols, à l’artificialisation de l’espace (toutes ces “fermes des 1000 vaches” où les animaux ne voient jamais le jour et ne posent les pieds que sur le béton), à la déforestation (cas du Brésil, dont nous sommes aussi des importateurs), au réchauffement climatique par l’augmentation des gaz à effet de serre, etc.

Le numéro 10 du magazine Be Veggie, (que tu peux lire en cliquant ici), titrait en octobre :

Le Véganisme peut-il nous sauver de l’extinction ?

Oui, carrément. Et ça fait réfléchir, n’est-ce pas ?

be-veggie-numero-10-veganisme

2.     Le point de vue biologique

Là, je crois que déjà, à ce point de cet exposé (et de ce bilan), tu es bien d’accord avec moi :

Si ton souhait est un monde meilleur, plus vivable, plus riche, plus respirable et moins pollué pour tes enfants, la diminution de ta consommation de viande est nécessaire et incontournable

Mais et leur santé, et la mienne, me diras-tu ? Diminuer soit, mais supprimer, tout de même !

Je te vois venir de loin avec les carences, les dangers, les aberrations nutritionnelles (notamment pour les enfants), etc.

Et là, je ne vais pas réinventer la roue.

Des articles excellents ont déjà été écrits sur le sujet. Je vous en citerai 3 aujourd’hui :
  1. Celui d’Enaëlle, chanteuse de talent, parolière, plume d’exception (blogueuse, chroniqueuse) végane convaincue, et maman d’un petit garçon en pleine santé.

Parents inquiets (ou non) allez lire son billet, intelligent, documenté, et bienveillant (toujours) en cliquant sur la photo ci-dessous, ou sur le lien qui, plus bas, l’accompagne :

estampille-veggie-enfant-vegan-les-elans-d-ena“Estampillé Veggie” – thématique de l’enfant vegan – Auteure : Enaëlle – Les élans d’Ena.

2. Le lien entre végétalisme et perte de poids (et le fait de manger “à volonté”) a été abordé récemment par Tiphaine dans son blog “Les jolies tulipes” :

tiphaine-les-jolies-tulipes

“Comment j’ai perdu 12 kilos en quelques semaines : mes astuces saine et fit (vegan)”

 3. Sportif et vegan, est-ce compatible ?” est la question que pose Catherine, “maman et docteur en pharmacie”, pour le magazine féminin Clic Bien-être.

Enfin, si vous vous posez la question (légitime) des supplémentations (dont Ena parle déjà) et du “oui mais attention aux carences“, ce documentaire non particulièrement orienté (émission Xénius, diffusée sur Arte) pourra vous aider dans votre réflexion. On y rentre notamment un médecin généraliste vegan (comme l’est aussi le Dr Jérôme Bernard Pellet, en France)  :

3.     Le point de vue éthique

Vu que c’est un sujet que j’aborderai souvent, notamment pour Tribu Etik (nous consacrerons d’ailleurs le numéro 3 d’Etik’Mag, en fin d’hiver 2017/2018, à la question du spécisme… si tu veux rester informé, va vite rejoindre la Tribu !), et que j’ai déjà beaucoup écrit, je ne vais pas le développer longuement ici – mais j’y reviendrai en fin d’article, dans mon témoignage personnel.

L’éthique, c’est l’évidence même.

Ici encore, reprenons quelques chiffres :

  • Le nombre d’animaux abattus chaque jour dans les abattoirs français serait de 3 millions … ce qui reviendrait à plus d’1 milliard d’animaux par an (sans compter les poissons, victimes d’un véritable massacre) – juste en France !
  • Jean-Luc Daub, enquêteur dans les abattoirs durant 15 ans, cite dans son livre Ces bêtes qu’on abat qu’ « En France sont abattus chaque année 1 milliard de volailles, 40 millions de lapins, 26 millions de porcins, 7 millions d’ovins, 6,5 millions de bovins, 2 millions de veaux, 1 million de chèvres et de chevreaux, 20 000 chevaux»

jl-daub-ces-betes-qu-on-abat

  • Scandales et actes divers de cruauté dans l’abattoir Charal à Metz,dans un abattoir du Vigan, dans un autre, à Houdan, dans les Yvelines, dans celui, certifié bio, d’Alès… tout cela ne se passe pas dans un lointain marché aux chiens en Chine ni dans l’arène d’une corrida… mais dans des espaces “normés”, “normaux” (faisant partie de notre “normalité”, de notre “vie normale”), soumis à des règles censées être strictes. Qui n’en a pas été ébranlé, même parmi les mangeurs de chair animale ?

  • Des associations de protection animale comme L214 vont plus loin : l’abattoir lui-même, son principe même, le fait même de conduire des êtres vivants, sensibles, à la mort, quand bien même on respecterait toutes les normes possibles, et dans l’élevage, et dans le transport, et dans l’abattage, relève en soi de la cruauté. Il ne peut y avoir d’abattage “doux”. Un être a le désir de vivre. Point. A moins qu’il ne se trouve en souffrance, le fait de l’abattre – et c’est bien rarement avec “égards” – est en soi un acte de cruauté.

  • Pas convaincu ? Simple petite question, à brûle pour point, pour réfléchir. Cite-moi des espèces animales. Diverses. Mettons qu’on sélectionne ensemble : chien, vache, oie. Deux de ces animaux seront abattus sans que cela nous choque, et le premier, non. Pourquoi ? L’intelligence ? Non. Ils ont à peu de choses près la même. Mammifère contre oiseau ? Non. La vache aussi est un mammifère. Les uns domestiqués, les autres non ? Non. La vache et l’oie d’élevage sont des espèces domestiquées, elles aussi. Leur capacité à souffrir ? Non. Ils ont les mêmes trajets nerveux, la même capacité à souffrir. L’aspect (mignonitude ou esthétique) ? Bof. Est-ce un argument ? Si pour toi oui, allons par là. Alors on tuerait un chien moche et on laisserait vivre la plus belle oie ?  Le côté affectueux ? La vache aussi est affectueuse. Et certains chiens, parfois, ne le sont pas, ou pas plus qu’une vache ou un veau. Quoi d’autre ? Donne-moi quoi que ce soit qui justifie qu’on “peut” tuer les uns, et les autres que non ? Tu en viendras certainement à l’inévitable : oui, mais certains sont “élevés pour ça”. Ok. Donc le jour où on élèvera des enfants humains pour être des banques sur pieds d’organes de remplacement pour d’autres, ce sera tolérable parce que “on les aura fait naître dans ce but” ? Bon, tu vois ce que je veux dire ? Si tu commences à réfléchir (et c’est plutôt sain de le faire), tu vas rapidement te heurter à des contradictions flagrantes, qui ne tiendront pas la route très longtemps.

specisme

  • Dernier argument éthique : si l’on avait besoin de viande, de produits laitiers, on pourrait parler de survie. Nous sommes aussi des animaux. Nous aussi avons besoin de vivre. Donc si l’on a “besoin” de viande, alors nous en mangeons… pas le choix. Sauf qu’on en a pas besoin. Et on peut au moins se mettre d’accord qu’on n’a nul besoin d’en manger AUTANT. Déjà, diminuer ta consommation à une à deux fois par semaine (en comptant le poisson et les œufs) au lieu de, mettons, quatre ou cinq, serait un grand pas pour la planète, l’écologie, les animaux.
  • Et dernière question : mettons que tu aies la conviction ancrée que tu as “besoin” de 5 repas de viande dans la semaine… quid de la charcuterie ? du foie gras ? Nuls au niveau nutritionnel. La production du foie gras relève de plus – ni plus ni moins que ça – de la torture. Aucun bénéfice santé pour toi. Et pire : les deux sont reconnus pour être nocifs (allez, parle-moi de tes lendemains de fête). Alors, il est où l’argument, dis-moi ? Le plaisir ? Le plaisir justifie-t-il tout ? Le violeur aussi, se “fait plaisir”. Est-ce pour autant tolérable ?specisme_2
“Si vous voulez vraiment faire quelque chose pour les
animaux dits de boucherie, le
mieux est de ne plus les manger.” (Jean-Luc Daub)

Oui, me diras-tu, (après le coup du foie gras peut-être) mais sacrifie-t-on toute notion de plaisir à cette éthique ?

Non !

  • Si tu parles de plaisir gustatif, alors jette un œil à cette recette de “tendres cookies aux flocons d’avoine, noix et pépites de chocolat entièrement végétaliens proposés par Léa, de Savoure la vie… et puis va (ces deux détours sont indispensables) chez Melle Pigut ou bien chez Marie Laforêt, qui te réconcilieront avec l’idée d’ôter les produits animaux te ton assiette, et cela, tout en gourmandise et même sur la table de tes fêtes !

pigut-coursmarie-laforet

  • Si tu penses à la beauté, au maquillage, puisqu’être vegan, ce n’est pas juste supprimer la viande, mais aussi tous les produits issus de l’exploitation animale (ou testés sur les animaux), les idées ne manquent pas, notamment l’idée de slow (et bio) cosmétique, mise en vedette par Julien Kaibeck (oui, un homme ! enfin un ! et que les messieurs se rassurent, l’idée de  bio / vegan / beauté ne les exclue pas, au contraire !)

julien-kaibeck

  • Et tu verras qu’une jeune femme naviguant dans le monde de la beauté, “adorant le maquillage” et “collectionnant les palettes et rouges à lèvres” peut également se soucier “de choisir des marques cruelty free”, expliquant que cela lui “permet de concilier de jolis packagings tout en respectant les animaux” car “je suis extrêmement sensible sur ces 2 points en particulier”, explique-t-elle. Cette jeune femme, c’est Salomé, du blog tout en couleurs pastels Birds & Butterfly.

salome-birds-and-butterly

Pour la découvrir “Behind the Scene”, c’est ici !

4.     Un “air du temps” et mon histoire.

Les consciences évoluent…

Le véganisme a le vent en poupe. Tant mieux. Je crois que les gens réfléchissent. Qu’ils se posent des questions, de plus en plus.

Ils ne veulent plus “avaler”, ils ne veulent plus “gober”… ils veulent “interroger” et “savoir”.

Le temps s’accélère. Le progrès s’accélère. Les intelligences évoluent. Nous sommes maintenant capables, d’un clic, de diffuser, comme l’a fait L214, des réalités auxquelles nul n’avait accès, auparavant.

go-vegan

Et nous sommes de plus en plus en mesure de les partager, de les faire circuler parmi nos connaissances, par le biais des réseaux sociaux, et donc de voir.

Nous ne pouvons plus dire “Je ne savais pas”.

Quand nos enfants nous interrogeront, nous n’aurons même plus cette excuse.

Il nous faudra dire “Je ne voulais pas voir”.

Mon histoire

J’ai refusé la viande depuis que je suis petite. En fait, depuis aussi longtemps que je me souvienne.

Évidemment, on me feintait avec les carrés pannés, les tranches roses teintées sous plastique, le lait “notre ami pour la vie”, mais la viande qui ressemblait à de la chair, je l’ai d’emblée rejetée – avec un entêtement inflexible.

go-vegan-or-go_home

J’ai quelques particularités qui ont fait de moi une enfant différente et “mise de côté” : je me situe dans ce qu’on appelle le “spectre de l’autisme“, j’ai été décelée “surdouée” (non, je ne compte pas les mikado par terre comme Rainman, j’ai juste un chouia plus que 140 de QI sur l’échelle de Wechsler… du moins j’avais, parce qu’à force de vivre et d’exercer toutes sortes de missions abêtissantes, je me demande si l’intelligence ne s’effondre pas, comme chutent la joie de vivre et le courage).

tony-laine

Quand j’étais petite, j’ai joué au ballon avec ce monsieur. C’était un grand monsieur. Il a dit qu’un jour, je serais grande aussi, à mon tour.

J’ai été scolarisée dans plus d’écoles qu’Amanda Lear a eu d’amants, notamment du fait de déménagements multiples, et j’ai aussi vécu la violence, sous formes diverses – et très dures.

J’étais la petite fille à part. Celle qui ne jouait pas avec les autres. Celles qui comptait les feuilles dans les arbres. Celle qui s’ennuyait dans ses classes. Celle qu’on appelait l’intello. Mais aussi celle, imprévisible, qui pouvait s’enfuir par-dessus les grilles ou bien mordre.

J’étais la petite fille qui allait vers les chiens, parlait aux mouches, caressait les roches, souriait au ciel, pleurait de voir la nature salie ou le corps déchiré d’un hérisson sur la route. Et aussi la “viande”, dans son assiette.

Depuis aussi longtemps que je me souviens, je me suis demandé : Qu’est-ce que je fous-là ?

J’ai toujours parlé de “partir”, de “repartir”. Je voulais “rentrer”.

J’étais tombée de je ne sais où, comme le Petit Prince.

Barreaux

J’aimais les roses et les étoiles.

Et j’étais fascinée, aussi, par tous les serpents possibles, qu’ils soient à perte de vue ou à mes pieds. Le serpent du vertige, le serpent de l’escalade en hauteur, le serpent “se suspendre au-dessus du vide”, le serpent de nager jusqu’à perte de vue au milieu de vagues déchaînées.

Le sujet est souvent tabou. J’ai tenté le “non-retour”, à 10 ans.

Pourquoi ? notamment à cause de ça : la viande, le fait de ce monde où il fallait tuer pour survivre, ce monde où l’on apprenait à une petite fille à mâcher la chair d’animaux dont elle sentait bien qu’ils étaient comme ses sœurs et frères.

La cruauté du monde m’a poussée à refuser de vivre. Et à en perdre toute envie, déjà. A dix ans, oui.

J’ai nagé droit devant, nagé encore plus loin, nagé encore. J’aurais nagé jusqu’à perte de vue si je n’avais heurté quelque chose. Un choc qui a rougi ma cuisse et m’a obligée à “rentrer”.

Ce jour-là, j’ai compris que je devais “rentrer” dans une direction qui était : ma peau humaine.

Et ce qui m’a fait tenir debout, depuis, c’est cette idée que si j’étais “tombée” dans un tel monde, c’est peut-être que j’avais quelque chose à y vivre, mais aussi quelque chose à changer en lui, à créer, à crier, à faire.

Je pensais alors être toute seule et, petite lunetteuse, toute frêle, je trouvais la tâche colossale.

Je me suis longtemps réfugiée dans l’écriture, et un temps dans l’art, pour recréer le monde, à ma manière.

Dessins et peintures (c) Yael (Y.A)

Puis j’ai grandi et réalisé que nous étions des dizaines, des centaines, des milliers de “Petits Princes”, plus ou moins marginaux, plus ou moins tombés bas, plus ou moins abîmés, parfois étincelants comme des anges, parfois insaisissables comme des fées, parfois maladroits et solitaires comme je l’ai très longtemps été… et que le boulot pourrait se faire, non à deux petits bras, mais à milliers.

Et l’adulte que je suis a tenu sa promesse à l’enfant en créant, un jour, Tribu Etik.

Je suis devenue entrepreneuse sociale – à ce jour encore en formation.

Et j’ai fait du slogan “œuvrer à un monde où l’éthique sera au cœur de nos choix et de nos actes”, non quelque chose d’abstrait, de théorique, mais un engagement humain et profond… en mémoire d’une petite fille qui, la cuisse rougie, écorchée, a fait demi-tour au milieu des vagues.



PS  : Tribu Etik, c’est juste un combat pour le véganisme ? Non. Ce serait réducteur. Le véganisme est une échelle comme un autre tendant à œuvrer à un monde meilleur. Nous proposons plusieurs échelles et plusieurs échelons, qui se combinent. Tu n’es pas vegan ? Viens, welcome! La Tribu parle aussi écologie, économie, justice et injustices sociales, société plus fraternelle, monde du travail plus humain, bonheur en harmonie avec les autres et la nature, conso responsable, etc.

Va regarder par ici pourquoi la Tribu est faite pour toi !

Notes :

(1) Elle serait tirée d’un roman de Dimitri Merejkovski : The Romane of Leonardo da Vinci selon David Hurwitz de l’Union Végétarienne Internationale.

(2) Léonard aurait été connu pour racheter des oiseaux vendus aux marchés dans des volières pour les libérer, par la suite… eh oui, le mouvement ALF avait un célèbre précurseur !

leonard-de-vinci-vegan-alf(3) Wikipédia

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Facebook Comments
(Visited 205 times, 23 visits today)
C'est Etik de partager... un clic sur le bouton... merci à toi !Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedInPin on PinterestShare on StumbleUponDigg thisShare on RedditBuffer this pageEmail this to someone
Posted in BLOG Tagged with: , , , , , , , , , , , , , , , , ,
16 comments on “« J’ai très tôt renoncé à la viande »
  1. Nadine says:

    Waw un sacré défi “Le café des blogueuses” que tu as mené jusqu’au bout brillamment, mais j’avoue que ma parti préférée est celle où tu te livres 😉 et je m’y retrouve en beaucoup de points. Merci pour cet article très intéressant, beau week-end 😉

  2. Nadia says:

    Je l’aurais aimée cette petite fille moi 🙂
    Je suis ravie d’en savoir un peu plus sur toi, même si c’est dans la difficulté, ça fait partie de l’apprentissage je crois..!

    • Yael says:

      Elle t’aurait certainement aimée aussi 😉 Oui, c’est bien, un billet un peu plus personnel (même si ce n’est qu’en finale), de temps en temps…

  3. Ena says:

    Quel article! Très complet et précis, qui fait le tour de la question! Les chiffres me font toujours froid dans le dos! Et la partie où tu nous en apprends un peu plus sur toi, j’ai beaucoup aimé, ça m’a émue, merci de partager ça avec nous! Yael, tu sembles avoir tous les talents, j’adore tes peintures!! Merci de m’avoir citée (avec des si gentils compliments) 🙂 Et merci, car j’ai découvert grace à toi Be Veggie et l’essentiel de Julien!

    • Yael says:

      Merci Ena… oui, ça me glace de les (re)lire aussi. Néanmoins, prendre conscience, et donc regarder en face les choses, reste, pour tout, la première étape du changement ! Pour les dessins / peintures, ça me touche… ils disaient déjà, à leur manière, ce que je tente d’exprimer maintenant 🙂 Be(lgique) Veggie, oui, grande découverte ! Et Julien, je le suis depuis longtemps… il est extra. La bio-veg-beauty sphère a besoin de figures masculines, aussi, alors diffusons Julien (qui s’adresse très souvent aux femmes aussi, je précise quand même) largement !

  4. Je tends à devenir vegan et j’étais ce week end dans la famille de mon copain… c’est tellement incohérent de devoir expliquer pourquoi on ne mange pas d’animaux. J’ai l’impression d’être une bête curieuse c’est insupportable.
    En devenant vegan, j’ai l’impression que l’on voit ce qu’il se passe vraiment et que l’on ne peut plus fermer les yeux… j’ai l’impression d’être à part.
    Merci pour cet article (surtout la partie sur ton expérience qui est très belle).

    Ps : je ne savais pas que le défi de cette semaine portait sur le veganisme ! J’aurai aimé y participer si j’avais eu plus de temps…

    • Yael says:

      Oui, il y a d’autant plus ce basculement que beaucoup se protègent avec la carapace du “choix de vie”…

      Or, quand tu as pensé, de façon éthique, ton véganisme (ou le mieux du moins que tu peux faire – parlons de “cheminement”), tu ne peux plus considérer le fait de manger ou non de la viande (surtout “beaucoup” de viande, en plus… sans compter foie gras et autre) comme un “choix de vie”.

      Pour une raison simple :

      Parce que les animaux massacrés en masse (et parfois gaspillés, en plus) aimeraient aussi avoir eu ce “choix de vie” pour eux-mêmes et leur progéniture.

      Nous, on a le luxe d’un choix non vital.
      Eux, même le choix de vivre tout court, ils ne l’ont pas.

      Chaque fois je me retiens de bondir quand j’entends cet argument du “qu’on laisse chacun faire ses choix”.

      En même temps, dans une société de consommation effrénée où on nous faire croire que tout est à notre entière disposition, il est logique que les gens aient cette mentalité ancrée en eux.

      C’est très difficile de s’en défaire. C’est un cheminement lent, parfois, et pour beaucoup, pas évident.

      Mais la société évolue… vraiment 🙂
      Et ça, c’est la note positive !

      PS : Oui, c’était la troisième thématique du Défi proposé cette semaine 🙂

  5. Un grand merci de m’avoir citée ma belle! Et bravo pour cet article que je plussoie à 1000%… tu reprends toute la base et ça fait du bien ! Bisous <3

  6. DeuxAimes says:

    Hello ! Effectivement c’est un très bel article pour ce défi d’écriture. Malgré nos différences de convictions j’ai beaucoup aimé te lire et je reconnais avoir connaissance de ces données. Ça serait mentir que de dire que ça me fait ni chaud ni froid, je pense réellement qu’il y a un gros problème dans la consommation actuelle – La société nous véhicule des idées et certains ont du mal à remettre les croyances culturelles en question. Je l’ai dis dans mon article, à mon petit niveau et depuis quelques années, je fais de plus en plus attention à ma consommation. Je ne ressens pas le besoin de me battre pour le véganisme, mais je respecte votre démarche. La seule chose que je ne tolère pas c’est le jugement des “extrêmes”. Après, loin de moi l’idée de cautionner le système actuel. Oui, il y a des modifications à faire – de là à supprimer l’existence de l’exploitation animale, je ne crois pas. Même si c’est injuste parce qu’on aime les animaux.
    Dans tout les cas, c’est important d’en parler et je trouve que tu l’a fait d’une belle manière.

    Bise, à Bientôt
    Marine (DeuxAimes)

    PS: je suis hyper déçue par la longueur max des commentaires sur blogger qui ne t’a pas permis de t’exprimer librement et j’espère que tu reviendras, car ton avis m’intéresse beaucoup. Je n’avais encore jamais été confronté à ce problème et je suis désolé.

    • Yael says:

      Merci beaucoup de ton passage.

      Je vais rebondir sur ton article et les commentaires que j’avais lus à la suite, et le faire ici, donc, faute de place (j’avais essayé de diviser mon commentaire en 2 et même 3 parties, mais impossible). Je vais le faire de façon décalée, juste par l’imagination. Et tu en feras ce que tu veux.

      Imagine que tu arrives dans un pays où des hommes exploitent, de toutes les façons possibles, d’autres hommes. Cannibalisme ? Non, te répondent-ils, choqués, non ! Les hommes qu’ils mangent, regarde bien, ne sont pas réellement des hommes ! Vois toi-même. Ils sont tous nés (mettons) sans cheveux, ils mesurent 1m20 (mettons), vivent sur un mode préhistorique « comme des sauvages » (dixit tes interlocuteurs) et ne parlent pas, « ils ne savent que grogner ». Les hommes qui mangent ces hommes te sourient et te disent : allons, ne t’inquiète pas, ce ne sont pas des hommes comme nous, et on a toujours fait comme ça.

      Alors tu essaies de vivre avec les hommes qui exploitent les « non hommes », de te mettre à leur table, partager leur mode de vie… mais ton cœur à toi ne peut se fermer à ces hommes « qui ne sont pas des hommes », exploités, et qui te touchent.

      Comment des hommes en sont venus à décider qu’ils pouvaient posséder, exploiter, tuer, mettre en cage, torturer d’autres hommes – même s’ils ont émis ce jugement, cette catégorisation (pour toi totalement arbitraire) qu’il ne s’agit pas vraiment d’hommes ? Tu tentes des réflexions, un dialogue. Regardez, leur dis-tu, regardez-les bien, ils ressentent de l’affection pour leurs petits, entre eux, et même pour nous, ils jouent comme nous, ils se réjouissent comme nous, ils sont tristes comme nous, ils ressentent aussi la douleur, pourquoi décréter, arbitrairement, que ce ne sont pas des hommes, tout comme nous ?

      Tu apprends que dans plusieurs endroits du pays, d’autres hommes et femmes comme toi ont le même raisonnement, la même indignation que toi devant la façon dont les “hommes qui ne sont pas des hommes”, exploités par les “hommes qui sont des hommes” sont traités.

      Tu es profondément soulagée. Cela te soulevait le cœur et tu te sentais seule… alors tu rejoins les personnes qui militent pour la reconnaissance du droit à vivre des “hommes qui ne sont pas des hommes”.

      Est-ce par mode ? non… juste qu’enfin, d’autres, tout comme toi, voient ces “sous-hommes” comme des hommes et veulent aussi défendre leurs droits. Tu en pleurerais de joie, de les retrouver… enfin vous allez peut-être pouvoir épargner des conditions de vie atroces aux “hommes qui ne sont pas des hommes”… mais dont tu comprends, toi, que les “grognements” sont juste une forme différente de langage, et quant aux différences physiques… est-ce là-dessus que l’on juge un être ?

      Non, te dis-tu, ça ne peut durer, ce que l’on fait là, je ne peux vivre ainsi et profiter de ma vie en sachant que des hommes jugés comme “non hommes” endurent ça. Ensemble, vous essayez d’agir. De montrer aux “hommes qui se pensent les seuls vrais hommes” à quel point cette situation est arbitraire, injuste, intenable.

      Et là tu te heurtes à des arguments tels que “oui mais on a toujours vécu ainsi, par l’exploitation des “hommes qui ne sont pas des hommes”. “Ils nous fournissent leur peau, leur chair, ils nous distraient, et regarde, on a même choisi une partie d’entre eux – ceux qui ont des sourcils (mettons) – pour nous tenir compagnie, et nous les traitons bien… tu vois qu’on aime ces êtres, enfin certains !”.

      Aimer ? Comment peut-on aimer et tuer ?

      Et pourquoi certains ? te dis-tu. Quelle décision arbitraire de décréter que parmi ces “hommes qui ne sont pas des hommes” certains seront bien traités, et d’autres mal ? Tu essaies de le faire entendre, mais tu te heurtes à des mots comme : l’habitude, ou on s’en fout, ou “oui mais ce ne sont pas de vrais hommes”, ou “oui mais c’est super bon à manger”… et ton cœur se soulève, parce que tu as une grande soif en toi d’égalité et de justice, et que ton cœur à toi refuse de se fermer à ces êtres et devant la souffrance de ces êtres…

      Tu te bats alors, tu brandis, avec les autres, des pancartes, et peu à peu la société s’ébranle, et parmi les “hommes qui se pensent hommes”, de plus en plus écoutent ce que tu dis et regardent ce qui est montré…

      Êtes-vous extrémistes ou épris d’idéal, de justice ? Êtes-vous des entêtés pris dans le filet d’une “mode” ou as-tu rejoins une forme de résistance qui se soulève contre une oppression intenable ?

      Ça, c’est pour saisir “le monde vu par un vegan”.

      // Alors, personnellement, suis-je une résistante ? oui.

      Simplement, je le fais par ma plume (et me lit qui veut – je n’assomme personne, du moins pas au sens propre, avec mes livres) et par la création d’une entreprise (dont tribu etik est le prolongement).

      Or, quand tu crées une entreprise, qui de plus n’est pas spécifiquement centrée sur le spécisme et l’exploitation animale (mais que c’est un thème parmi d’autres), tu sais qu’il te faudra composer avec plusieurs sensibilités, divers points de vue, etc.
      Je sais qu’on ne fera pas sans “vous” (je parle des personnes qui, en étant ouvertes, n’ont en revanche pas forcément la même sensibilité).
      Je sais qu’on fera tous ensemble.

      Je sais que le monde brûle d’un millier d’incendies à la fois (pollution, économie folle laissant sur le carreau les plus vulnérables, changements climatiques, pauvreté, injustices sociales, etc.) et qu’il faut considérer ces incendies (dont, oui, le spécisme et l’exploitation animale… mais c’est un ensemble, donc je ne regarde pas que ça) dans leur globalité.

      Je me dis que cet incendie planétaire nous menace tous et que nous pouvons nous mettre d’accord pour dire : ok, agissons ensemble. Pas sur un seul front, qui exclurait ceux qui n’y sont pas sensibles, mais sur l’ensemble.

      Admettons ensemble que notre planète souffre, et que nous devons faire quelque chose.

      Tu achètes local, bravo à toi.

      Tu consommes plus responsable, c’est super.

      Si tu commences à choisir de la viande avec des critères de qualité tels que “élevé en liberté” (œufs, poules…) c’est un premier pas et je te félicite.

      Si tu inclues deux journées végétariennes, et mieux, végétaliennes, dans ta semaine, alors je te dis bravo.

      Si tu supprimes les aliments non sources de nutriments et de plus, source d’une souffrance animale accrue, comme le foie gras, alors je te félicite également.

      Si tu évites les cirques avec animaux, les parcs qui exhibent des animaux marins pour faire des “tours”, si tu n’achètes pas de doudoune avec fraie fourrure, si tu adoptes ton chien en SPA et le fais castrer, bref, si à côté de l’alimentation tu as mille autres petites attentions, petits gestes, bravo aussi.

      Ca, c’est pour les animaux tout court. Mais on est d’accord que ça n’exclue en rien (au contraire, tout se complète) l’action “humaine vers les humains”. Et si ta sensibilité te porte à donner à la Croix Rouge plutôt qu’au WWF, à donner des soupes aux sans abris plutôt que nettoyer les boxes d’un refuge, à ne plus acheter de Coca-Cola vu les ravages sur l’eau potable des populations pauvres en Inde plutôt qu’à supprimer la viande, ces gestes sont à ton honneur et, à mon sens, tout cela se vaut.

      Ce que j’aimerais que les “anti-véganes” comprennent c’est qu’un geste n’exclue pas l’autre.

      Et qu’un combat est souvent, aussi, lié à l’autre.

      Je me permets un dernier crochet, et j’en finis.

      Deux exemples :

      1. Les abeilles. Lutter pour préserver les abeilles. Oui, je préfère m’investir pour les hommes, diront certains. Ok, et dans quoi par exemple ? Dans la lutte contre le cancer, ce fléau. Ok. Bien. Alors, deux choses : d’abord, si les abeilles cessent d’exister, l’humanité disparaîtra. Point. C’est un fait. L’abeille pollinise. Elle a un rôle indispensable sur l’écosystème. Pas utile, hein… indispensable. Donc le gars qui s’en fout des abeilles, il s’en fout des générations à venir. Après : le cancer. Ok. Qu’est-ce qui tue les abeilles ? En premier lieu, les pesticides. Et que font les pesticides, Monsanto et autres ? Ils nous empoisonnent. Et comment nos corps réagissent-ils à ces formes d’empoisonnement ? Le cancer. Et paf. Une nouvelle fois, tout se rejoint. Tu me suis ?

      2. La maltraitance animale. – Ah oui, diront certains, mais moi je préfère me concentrer sur celle des enfants, c’est plus grave. … Ok. Si je te dis qu’aujourd’hui, le FBI a inclus le suivi des personnes ayant maltraité des animaux comme “prioritaires” dans leurs fichiers. Crois-tu que c’est parce que le FBI a étendu son coeur sensible aux petits chiens ? Non. C’est parce qu’ils ont établi un lien prouvé et indéniable entre la maltraitance des uns et des autres. Les tueurs d’enfants ont souvent commencé par se faire la main sur des animaux. Si on les stoppe dès la première maltraitance animale, on peut prévenir la torture, le viol, le meurtre d’enfants, par milliers. Quid de notre société entière ? Quid d’une société qui tolère à grande échelle la maltraitance et l’exploitation animale, et ferme les yeux, et amène cyniquement à ce que tous, nous trouvions ça “normal” ? Conduit-elle à d’autres formes de maltraitance en série ? Réfléchissons. Réfléchissons à cette même société qui mène des individus au burn-out, presse des employés avec des cadences folles, intenables, et trouve normal que des gens s’épuisent à faire des boulots payés, vu le coût de la vie, de plus en plus mal ? Et où les inégalités vont croissantes ?

      Alors, y a-t-il si peu de liens entre l’un et l’autre combat ?

      Tous pas est un grand pas, et chacun compte.

      Au lieu que chacun critique l’engagement de l’autre, ouvrons-nous à nos engagements réciproques et félicitons-nous que des gens parmi nous refusent l’inacceptable – pour l’homme, pour les animaux, pour la planète.

      Ce monde meilleur, nous le ferons tous ensemble – pas les uns contre les autres.

      Peu à peu, chacun s’interroge, questionne, écoute et évolue.

      Et progresse.

      Et mon espérance est que nous progresserons tous ensemble, un pas après l’autre.

      On sent chez toi une réelle ouverture, un réel désir de comprendre, et de faire de ton mieux, aussi, et cela compte beaucoup. Des esprits comme le tien changeront le monde par leurs pas.

      Imagine un monde où au lieu de dire “je m’en fous” des millions, milliards, penseraient comme toi “je veux essayer de comprendre”, “je m’engage à faire des petits pas”, “j’écoute avec ouverture”, “je m’interroge”… ce serait un monde bouillonnant de petits changements, de prises de conscience (chacun à son rythme) et d’espoir.

      Je te remercie pour ton ouverture et ton courage à t’interroger.

      Et, juste : non, ce n’est pas impensable, de vivre sans exploitation animale – de même que ça ne l’est pas de vivre sans exploitation d’une partie des hommes par d’autres hommes, comme on l’a cru un temps (et comme certains courants économiques le croient encore) 🙂 C’est juste un défi comme un autre. Et si l’homme a réussi à conquérir ainsi le monde, c’est bien qu’il est doué pour les défis… n’est-ce pas ?

  7. Salomé says:

    Coucou 🙂

    Merci pour cet article, j’aime beaucoup la manière aborder les faits sur le veganisme ( en voyant l’image de la vache et du chien côte à côte, je ne vois pas “un aliment et un ami” mais juste 2 amis.) et après la manière plus personnelle, j’en ai eu des frissons…
    Je suis contente que tu aies appuyé sur les autres aspects du véganisme, ce n’est pas qu’une question d’alimentation mais un mode de vie et la manière don t tu as intégré les différents blogs j’ai trouvé ça super ( d’ailleurs merci de m’avoir cité, même si je ne pense pas être à la “hauteur” pour l’instant. Je suis en plein changement/ questionnement et j’espère un jour être vegan.).
    L’essentiel pour ma transition c’est de prendre plaisir à manger végétalien, pour moi, le reste ( vetements/ cosmétiques / autres, c’est tellement futile que l’on ne devrait pas utiliser de vie animale pour ça.) Manger des produits issus des animaux j’ai encore du chemin à faire dans ma tête, mais c’est en cours, je réduis de plus en plus mes consommations d’oeufs / fromages… Si tu veux manger c’est un besoin primaire donc c’est un peu vital mais comme tu l’as dit, on n’est plus dans un mode de survie. Donc c’est un peu comme quitter les petites roulettes quand on apprend à faire du vélo ( j’espère que tu comprends). Puis ce qui est cool c’est qu’on voit apparaitre des magasins de nourriture veganes et ça c’est le pieds car tu n’as plus à regarder les étiquettes et je pense que ça va favoriser le mouvement. En décomplexifiant la chose, les gens seront plus enclins à adopter ce mode de vie. J’ai l’impression que le monde va quand même en ce sens, les animaux sont reconnus comme des êtres sensibles et plus des meubles, il faut encore quelques étapes pour que la vache soit considérée comme un être humain autant que le chien mais on y arrivera, j’en suis sûre ! Quand tu regardes l’histoire et la psychologie, les enfants étaient autrefois considérés comme des petits adultes et les sentiments envers eux étaient assez “précaires”, on leur apprenait à se comporter comme un adulte, s’il mourrait, tant pis… Maintenant regarde comme l’enfant a pris une place importante. L’Homme est en train d'”élargir ses sentiments”, maintenant, les “animaux de compagnies” sont considérés comme de véritables membres de la famille pour de plus en plus de gens ( Vanille c’est ma soeur pour moi, j’essaye de la traiter le mieux possible et au vu de ce qu’elle a traversé, un cancer de la thyroide il y a peu qui a été pris très en avance car on est hyper à son écoute, elle s’en est super bien sortie, et on sent qu’elle se sent bien avec nous, même si elle n’a pas la parole, elle communique avec nous et parfois je me dis “où est le chien ?” car c’est un véritable être humain pour moi.
    Enfin, bref, tout ça pour dire qu’un jour on pourra très certainement dire qu’ “avant les hommes osaient manger leurs semblables et les exploiter” et qu’on vivra tous en paix avec nos semblables et ce jour là, la Terre ira bien mieux !

    Gros bisous !

    • Yael says:

      Merci de ce commentaire, Salomé !

      Déjà, bon rétablissement à Vanille et oui, je comprends ce que tu dis, ton ressenti par rapport à elle.

      Je pense en effet que nous avons, côté spécisme, le même chemin à faire que pour toutes les formes d’oppression : sexisme, racisme, stigmatisation des handicaps, âgisme, etc.

      Ton parallèle pour les jeunes enfants est exact. Il n’y a pas si longtemps encore, on les considérait comme des demi-êtres, voire comme des sous-êtres. A une époque, on pouvait les maltraiter et les battre, les laisser mourir, les abandonner, ça ne choquait personne.

      Tant que mentalement, on n’admet pas autrui comme un “autre soi”, on ne lui donne pas ni les mêmes droits, ni les mêmes chances. C’est valable aussi en économie avec le mépris de classe, ou aux seins des marchés ou de certaines entreprises où fonctionne le système pyramidal. Les hommes aussi sont parfois vus comme du “matériel” remplaçable. Sans que ça choque plus que ça non plus…

      Oui ça évolue, oui !!! Et oui on va y arriver, bien sûr ! D’autant que, comme tu dis, le fait de simplifier la démarche, aide aussi !

  8. Laure says:

    Super article, tellement bien documentée que je serais presque tentée de devenir Vegan. Je suis d’accord sur toute la ligne, d’accord qu’il faut manger moins de viande, d’accord que notre terre enotre espèce est en péril, d’accord que ne pas manger de viande ni signifie pas avoir des carences, d’accord que l’élevage est d’une cruauté sans nom. Et pourtant, je n’arrive pas encore à être “d’accord” avec le véganisme et l’antispecisme… surement que ma réflexion n’est pas encore suffisament aboutie. Mais disons que j’ai l’impression que “l’extremisme” n’est pas une solution. En voyageant, je me suis rendue compte que nous mangeons beaucoup trop de viande certes, mais que dans beaucoup de pays, l’élevage à petite échelle, fait vivre de nombreuses personnes. Je me suis rendue compte, que pour nous, en France, en Europe, aux US, c’est facile de trouver tout les produits que l’on veut pour manger autrement, mais sur les autrees continents ? Comment faire pour trouver les solutions alternatives à la viande quand elles n’existent pas ?
    Je suis pour plus d’étique. Je considère (peut-etre naivement et betement) que si l’homme a élevé des animaux pour se nourrir ou se vétir depuis des millions d’année, alors pourquuoi devrait-on, décidé, aujourd’hui, que finalement ça en sert à rien ?
    Il faut abolir l’élevage intensif. Je suis en revanche pour l’élevage “etique” (si je peux me permettre), où les bêtes vivent heureuses avant d’être abattue. Oui c’est cruel d’abattre une vache mais je n’arrive pas a être convaincue par l’argument antispeciste. Cela fait de moi une raciste des animaux… tant pis.

    Je sais aussi que le véganisme n’est pas qu’une affaire d’alimentation. Mais on peut faire de la laine éthique. Et le cuire bon… dans ces conditions, il vaudrait clairmeent mettre fin à cette industrie. Pour les cosmétiques, le non testage sur les animaux me parait essentiel aussi. Pour n’aborder que ces sujets là.
    Ma réflexion demande un peu plus d’arguments certainement mais volà, peut-être pourra tu m’exposer ton avis.

    • Yael says:

      Bonjour Laure,

      Merci de ton commentaire et désolée de ma réponse tardive.

      Déjà, un point : en matière de points de vue, je ne pense pas que mentalement, on puisse changer celui de qui que ce soit. En général, quand on tente de le faire, on ne fait que créer plus de résistance. Et un point de vue dit ce qu’il veut dire : je ne suis ni dans tes yeux, ni dans ton feeling, ni dans tes bottines (ou Doc ou baskets ou pieds nus), et je ne peux échanger mon “point vue” depuis mon corps / cerveau / feeling avec le tien (ni d’ailleurs l’inverse).

      Par contre, on peut entrer dans la simple logique.

      L’extrémisme, on peut l’interroger, tu veux bien ? Je ne pense pas que ce soit “ton” mot mais celui qu’on t’a mis (entourage, médias, forums, discussions) mis (par répétition) dans la tête.

      Je ne pense pas que, de toi-même, tu aurais parlé d’extrêmisme. Ce mot, un peu accusateur, est la réaction de lobbies à l’encontre du mouvement vegan. Ce sont eux qui ont mis en place ce raisonnement. Entre personnes, nous ne sommes qu’en train d’échanger et de débattre, personne que je sache n’a tué personne, ni posé de bombes, ni coupé la langue de non véganes.

      Tout ce que font les véganes, c’est supprimer de leur assiette et de leur garde-robe les produits issus de l’exploitation animale et lancer le débat, et filmer des scènes réelles, recueillir des témoignages, des photos, des récits, des images d’horreur, et les diffuser.

      Lorsque des membres d’L214 ont pris des images en caméra cachés dans les abattoirs, ce sont eux que le lobby de la viande a traités d’extrêmistes : pas les employés qui maltraitaient les animaux, les frappaient, les cognaient, les écartelaient vifs, les électrocutaient sur divers endroits du corps sans nécessité de le faire… non, c’était les “voleurs d’images”, les extrêmistes.

      Donc, déjà, premier point, sortons de ce mot : l’extrêmisme.

      Il empêche tout dialogue serein.

      Ensuite. Tout est une question de mots et d’éducation autour de concepts. Ce sont des choses qui te dépassent, me dépassent, nous dépassent. Par exemple, au temps de l’esclavage, un esclave n’était pas un homme. Tout était bâti autour de ça. On trouvait à la limite que, oui, on aurait pu “mieux” traiter les esclaves – mais sans remettre en question le concept de l’esclavagisme, ni celui de l’inégalité, fondement du concept de “l’esclave”.

      Longtemps aussi, on a jugé qu’une femme était “moins” beaucoup de choses qu’un homme. Le droit de vote, le droit de divorcer, le droit de disposer de nos corps, tout cela n’est venu que très tard. Sais-tu que des hommes riaient encore, il n’y a pas si longtemps, à l’idée qu’on puisse accorder à une femme le droit de mettre un bulletin dans l’urne ?

      Maintenant ça nous paraît normal, mais il a fallu que la société évolue, pour ça. Et comment a-t-elle évolué ? Par le biais de petites factions de révoltées, qu’on a d’abord traitées de cinglées, d’extrêmistes (tout bousculement est “extrémiste” pour les normes d’une société).

      Ce sont ces petits groupes qui font, depuis toujours, évoluer les choses. Ces petits groupes qu’on ridiculise, puis critique, puis qu’on tente de modérer… avant finalement de leur donner un droit de parole et que cette parole devienne un fondement de nos sociétés.

      Mais plus que tout, je vais te demander un renversement de toutes les questions que tu te poses.

      Chaque fois que tu te poseras une question, je te propose, durant quelques jours mettons, à titre de simple exercice mental, de te la poser à l’inverse.

      Par exemple :

      Pourquoi vouloir se priver de viande —> pourquoi vouloir à tout prix en manger ?
      Pourquoi accorder l’égalité aux animaux — > quelles sont nos raisons irréfutables de ne pas le faire ?
      Pourquoi interdire l’exploitation animale —> pourquoi la maintenir ?
      Pourquoi je me passerais de lait, c’est bon — > pourquoi est-ce que mon plaisir gustatif primerait sur la vie et le lien mère enfant d’animaux ?

      Etc.

      Je ne te dicte aucune réponse. Je te propose cela à titre de simple exercice.

      Je t’en propose, en prime, un autre. Il te semblera absurde. Mais ce n’est, après tout, qu’un exercice. Il se décompose en deux phases. La même journée, parle à un animal qui fait partie de ta famille ou de ton entourage : au besoin, à un simple pigeon dans un parc (je te rassure, tu peux lui parler juste dans ta tête !). Explique-lui pour quelle raison il n’a rien à craindre de toi et pourquoi tu ne lui feras aucun mal. Puis si tu as des vaches ou autres non loin (et sinon, parle à une photo), explique à la vache pourquoi tu es son prédateur, pourquoi tu as choisi, malgré toutes les alternatives modernes, de lui faire arracher ses petits pour boire son lait dans divers produits (du fromage à la crème glacée), de la faire arracher à sa vie, transporter, frapper, pousser dans des couloirs brillants, de la laisser regarder l’agonie de ses congénères, perforer le crâne (souvent mal) et puis égorger, la laissant s’étouffer dans son sang. Encore une fois, malgré la multiplicité des choix autres (et bien plus écologiques ET économiques) que celui-là.

      Si tu parviens à le lui expliquer, sans mal-être, sans mauvaise conscience, sans pincement d’aucune sorte et à regarder ses yeux en face et maintenir ton raisonnement avec le même calme que celui que tu avais pour expliquer à ton chien ou au pigeon dans le parc qu’il n’avait rien à craindre de toi, alors je n’ai rien d’autre à te dire ni aucune autre expérience à te proposer. L’expérience est finie.

      Si des incohérences et petites déchirures sont apparues dans ta pensée et tes feelings, je te laisse, toute seule, y penser.

      Comme je le disais, le point de vue est personnel : le tien aura peut-être légèrement évolué, de ces simples deux petits dialogues muets… ou pas.

      Bonne journée !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*